Hypocrisie autour d'un oléoduc

ÉDITORIAL / Le débat sur le pipeline Énergie Est recèle en lui... (Jeff McIntosh, Archives PC)

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Jeff McIntosh, Archives PC

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ÉDITORIAL / Le débat sur le pipeline Énergie Est recèle en lui toutes les tensions du fédéralisme canadien. La décision de la Communauté métropolitaine de Montréal de s'opposer au projet de tracé de l'oléoduc a inévitablement provoqué un tollé dans l'ouest du pays - et une réplique tout aussi cinglante au Québec.

Les «intérêts supérieurs de la nation»? Le chantage sur les paiements de péréquation? Chacun s'en sert lorsque cela fait son affaire.

Sur le fond, toutefois, les provinces pétrolifères peuvent faire les représentations qu'elles veulent, elles ne peuvent dicter une marche à suivre aux autres gouvernements. Pas plus au Québec qu'ailleurs.

Les États-Unis ont dit non au projet Keystone XL qui devait débloquer le marché vers le sud. Celui vers le Pacifique, Northern Gateway, est enlisé dans les contestations des peuples autochtones. Et maintenant, celui vers l'est. Ce n'est pas que Denis Coderre qui épate la galerie - bien que cela fasse partie du personnage -, mais 81 autres élus qui relaient les préoccupations de leurs commettants.

Partout, la crainte des pipelines se bute au même obstacle: la sécurité et les inévitables dommages environnementaux qui surviendront dans cette zone densément peuplée, où habite la moitié de la population du Québec. Car des dommages, il y en aura. Des petits surtout, aux effets réduits. Mais un jour, dans 10 ou 20 ans, quand l'infrastructure de transport aura mal vieilli pour une raison ou une autre, ce sont les populations locales qui devront supporter les horribles conséquences d'un bris majeur qui pourrait prendre des années à se résorber. Qui paiera alors pour les pots cassés? TransCanada Pipeline ne sera peut-être plus là, ou aura été absorbé par une multinationale étrangère. Les politiciens comme Brad Wall, Rachel Notley ou Naheed Nenshi non plus.

Ce n'est pas comme s'il n'existait pas d'alternative: le transport par rail est là, son trafic a explosé depuis 10 ans. LeDroit a pris position en faveur de ce mode de transport qui a ses risques lui aussi. La population de Lac-Mégantic le sait bien et 47 de ses citoyens en ont payé le prix ultime lors de l'accident du 6 juillet 2013. Mais cette catastrophe a mené à un nettoyage des pratiques industrielles que la déréglementation avait dilué: nouveaux wagons-citernes, resserrement des normes qui permettaient qu'un seul opérateur à bord, tracés évitant les centre-villes, vitesses réduites, etc.

L'industrie pétrolière canadienne préfère le chemin de l'oléoduc: cela se comprend. L'effondrement du prix du pétrole a provoqué un dramatique ralentissement; les chefs d'entreprises et les politiciens qui représentent leurs travailleurs font tout pour amortir le choc. L'annonce de la Communauté métropolitaine de Montréal s'avère une mauvaise nouvelle de plus et nous devons comprendre la réaction épidermique de certains.

La position montréalaise relève aussi d'une certaine mauvaise foi. Les Québécois ne sont pas chauds à l'idée de voir le pétrole de l'ouest, le «pétrole sale» des sables bitumineux qualifie certains, mais il y a un aveuglement volontaire. Le Québec importe 350 000 barils de pétrole par jour par des tankers, surtout d'Algérie. On se soucie donc bien peu dans la Belle Province des risques environnementaux que risquent ces pays producteurs, et de leur transport jusqu'au Québec. Ce que l'on ne voit pas ne fait pas mal... mais tant que ses automobilistes et son industrie en aura besoin, le Québec a une obligation à contribuer à la recherche de solutions.

Tout le reste n'est qu'hypocrisie.

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