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Etienne Ranger, Archives LeDroit

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ÉDITORIAL / Cela fait plusieurs années que se profile à l'horizon, pour la profession de traducteur au gouvernement fédéral, la menace des logiciels de traduction automatique. Il aura suffi d'une crise budgétaire pour qu'Ottawa saute sur l'occasion pour en officialiser l'usage.

La genèse, d'une certaine manière, remonte au moment où le fédéral a demandé à diverses organisations en son sein de se facturer les services qu'elles se rendaient entre elles. Cela a eu du bon: cela a procuré une valeur au travail de traduction. Le contribuable n'était pas lésé parce que les transferts d'argent étaient en quelque sorte virtuels puisqu'un département «achetait» des services d'un autre département. Mais des gestionnaires ont vite constaté qu'ils pouvaient puiser dans ces sorties budgétaires pour éviter de réduire leurs propres équipes. Quand le Conseil du Trésor a imposé des coupures, la cible était toute trouvée. Après la crise financière de 2008, le bilinguisme a écopé, vient de démontrer le Commissaire aux langues officielles.

Le Bureau de la traduction a été créé en 1934, à partir de la fusion de services de traduction qui existaient dès la Confédération. Et même avant. Dès 1534, Jacques Cartier a eu besoin d'interprètes pour interagir avec les populations autochtones. La compétence s'est perpétuée jusqu'à nous, rappelle le Gatinois Jean Delisle, auteur de La traduction au Canada / Translation in Canada, 1534‑1984, en 1987.

Le monde a pris conscience du travail de traduction et d'interprétation après la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'il a fallu traduire en justice les politiciens nazis à Nuremberg. Au Canada, l'expertise historique en traduction est progressivement devenue source de fierté. Encore en 2006, le Bureau de la traduction comptait quelque 2000 personnes. Ils ne seraient plus que 1165. Si la qualité du service se défend, la vitesse d'exécution n'est plus là. 

Aujourd'hui, à la rigueur budgétaire s'est ajoutée la menace technologique. On n'arrête pas le progrès, semble-t-il.

Et la direction du Bureau de la traduction généralisera à toute la fonction publique un projet pilote de traduction automatique. Les patrons disent que ce ne sera utilisé qu'à l'interne, et de façon «limitée». Mais les doigts sont dans le tordeur et presque tout le bras y passera dans quelques années. 

Nous entendons déjà les cris d'horreur sur les quiproquos que les expressions idiomatiques provoqueront. Une langue est vivante - un logiciel l'est aussi, d'une certaine manière, car il «apprend» en gardant en mémoire ce qui est corrigé. Mais une langue peut avoir des nuances que la mécanisation ne peut rendre à tout coup.

Le conservateur Stephen Harper a voulu réduire la taille de l'État pendant ses neuf années au pouvoir. Il a réussi en bonne partie. Aujourd'hui, celui de Justin Trudeau prend le relais. Il a promis de faire respecter intégralement la Loi sur les langues officielles, bafouée depuis sa promulgation en 1969. Il a créé des attentes, sans égard au carcan financier dans lequel les finances du Canada se retrouvent aujourd'hui. Il doit tout rééquilibrer les responsabilités de l'État. Cela inclut de redorer le blason des langues officielles, et doter le Canada et sa fonction publique des services de traduction de qualité et rapides s'ils veulent demeurer pertinents. Pourra-t-il procéder au nécessaire réinvestissement dans ce département dont le travail, tenu pour acquis ou pour superflu par certains? Et dans quels délais?

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