Pureté mise à mal

ÉDITORIAL / Le sport, refuge à l'abri des soucis de nos problèmes quotidiens,... (Associated Press)

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ÉDITORIAL / Le sport, refuge à l'abri des soucis de nos problèmes quotidiens, est sous attaque. Cette semaine, parmi les meilleurs joueurs de tennis au monde auraient truqué certains résultats dans une affaire de paris sportifs. La semaine dernière, l'athlétisme était bousculé par des accusations sévères de dopage sportif camouflé par les autorités censées le combattre.

Rares sont les sports qui n'ont pas été souillés par un scandale ou un autre. Ils sont à peu près tous touchés, encore davantage lorsqu'ils sont vulnérables aux effets de l'argent ou du dopage. Si ce ne sont ces deux menaces, c'est le simple appétit de la victoire qui pousse des athlètes à oublier les valeurs sanitaires, formatrices et humanistes que l'on attribue d'ordinaire aux sports.

De toutes les époques, dans tous les coins de la Terre, de tels scandales ont émergé dans toutes les décennies du sport professionnel.

Dans le cas du tennis, le travail de médias BBC et Buzzfeed aura braqué les réflecteurs en analysant des résultats de 26 000 matches et en les mettant en lien avec des patterns de paris sportifs, pour voir si certains noms d'athlètes revenaient. Cela s'est avéré mais les médias ne les ont pas nommés, n'ayant pu prouver une implication «personnelle». Bref, ils auraient perdu des matches de façon inexpliquée, des parieurs se seraient enrichis, mais rien ne permet de relier les deux.

Comme preuve, on aura vu mieux. Ce qui ne signifie pas que de tels faits ne surviennent pas.

D'ailleurs, le joueur no 1 au monde, le Serbe Novak Djokovic, a livré l'exemple le plus probant de l'impact du gambling sportif en précisant que le monde interlope avait contacté des gens dans l'entourage du tennisman, en 2007, pour lui offrir de l'argent s'il acceptait de perdre un match du tournoi de Saint-Pétersbourg, en Russie. Au moins un autre athlète a fait référence à de similaires ouvertures, qui ont été refusées. Par contre, le Suisse Roger Federer a témoigné n'avoir aucune connaissance de ce phénomène.

L'Association des joueurs tennis professionnels, l'ATP, a été avisée mais son processus d'enquête n'a rien pu prouver.

En athlétisme, le Canadien Dick Pound a dévoilé, au nom d'un comité indépendant de l'Agence mondiale antidopage, un complot de dirigeants de la Fédération internationale d'athlétisme qui ont détroussé des athlètes reconnus coupables de dopage, en retour de leur silence. Même le laboratoire antidopage de la Russie, chargée de mener les tests de dépistage et exigeant des dirigeants de la plus haute intégrité, étaient complices!

Ce que ces deux histoires ont démontré, et plusieurs autres auparavant aussi, est le pouvoir de l'enquête indépendante pour jeter de la lumière sur des scandales bien camouflés. Et inversement, que les organisations, même les mieux intentionnées, n'arrivent à peu près jamais à se nettoyer par elles-mêmes. L'instinct de survie ne vaut pas que pour les humains. Il faut une impulsion extérieure pour faire le ménage. La vérité ne survient pas par sa propre initiative.

La Fédé d'athlétisme, l'ATP, le Tour de France, les ligues nord-américaines de sport professionnel, toutes sont incapables de s'auto-policer. C'est grave surtout parce que le sport est drapé d'une aura de pureté et ses athlètes aussi. Ils deviennent des victimes, parfois consentantes, et le public perd aussi. Sans que l'humanité ne réalise ce qu'elle perd comme foi en elle-même.

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