Qu'il s'essaie!

Kevin O'Leary... (Édouard Plante-Fréchette, Archives La Presse)

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Kevin O'Leary

Édouard Plante-Fréchette, Archives La Presse

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ÉDITORIAL / Un outsider s'intéresse à la campagne à la direction du Parti conservateur du Canada et aussitôt, les regards s'y tournent. C'est le genre d'impact que peut avoir une personnalité polarisante comme l'homme d'affaires Kevin O'Leary.

Peu connu au Québec - même s'il est né à Montréal -, M. O'Leary est issu du milieu des affaires et milite constamment pour un environnement moins réglementé afin que les forces du capitalisme puissent s'exprimer de manière optimale. Il partage largement son point de vue à la télévision, comme à la défunte émission comme Lang & O'Leary, et sur d'autres qui relèvent plus du divertissement, comme Dragon's Den (et sa version américaine Shark Tank).

Il a livré sa première salve, cette semaine, avec une promesse un peu vide d'investir 1 million $ dans l'industrie pétrolière de l'Alberta si seulement la première ministre Rachel Notley démissionnait. Son gouvernement néo-démocrate bouscule les idées reçues dans cette province de l'Ouest, mais forte de sa majorité parlementaire, elle l'a clairement envoyé paître.

Ce genre de bravade gratuite de la part de M. O'Leary - et son allusion à une éventuelle carrière en politique fédérale - a évidemment rappelé la présence de Donald Trump dans la course à la nomination du Parti républicain aux États-Unis. En voilà un autre que les performances financières ont propulsé bien au-delà du milieu des affaires. Mais là s'arrêtent les comparaisons entre les deux hommes. Les propos litigieux, racistes et intolérants du magnat Trump n'ont pas leur équivalent dans l'esprit de M. O'Leary. Jusqu'à maintenant, du moins.

Kevin O'Leary semble croire que sa renommée dans certains cercles, notamment ceux d'affaires, peut suffire à faire de lui un candidat sérieux à la direction du Parti conservateur. S'il le croit réellement, il est invité à le faire. Les Canadiens, ou du moins les membres du PC, l'évalueront sur cette base. Mais comme le nouveau chef du Parti québécois Pierre Karl Péladeau, M. O'Leary risque de trouver éprouvante la loupe incessante du public inquisiteur ainsi que l'assurance qu'il se lance en politique pour améliorer le sort de son pays et de ses concitoyens, et pas pour favoriser ses propres investissements.

Il s'apercevra aussi que son unilinguisme anglophone s'avère une barrière bien réelle pour bâtir des ponts entre toutes les communautés du Canada, à commencer par le Québec, un joueur incontournable qu'il peut être commode d'ignorer quand on se limite à un rôle d'homme d'affaires.

Il semble avoir l'opinion que l'opinion des gens d'affaires a plus de valeur que les autres. En entrevue cette semaine, il a même lancé que quiconque n'avait jamais dirigé une entreprise avec des revenus de 5 millions $ n'avait pas les qualités requises pour diriger le pays. Voilà qui est ridicule. Si personne ne doit diminuer l'importance de l'expérience managériale dans le milieu politique, les qualités d'un bon leader pour la nation vont au-delà d'une liste de paye. L'histoire devrait lui être meilleure conseillère: la plupart des grands politiciens n'étaient pas issus de la classe financière. Ils ont été avocats, journalistes, diplomates, ou même politiciens de carrière. Ils n'ont jamais dirigé d'entreprises, mais ont su inspirer la nation et savoir dans quelle direction elle devait aller.

Le Canada est un pays diversifié, complexe, bilingue et multiculturel. Ce pays moderne exige de ses politiciens une compréhension multidimensionnelle qui exige ouverture et tolérance. Si Kevin O'Leary croit posséder ces qualités, il est bienvenu dans la future course à la direction du Parti conservateur.

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