Un débat mal engagé

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Il y a plusieurs arguments en faveur d'une réforme. Mais le débat est très mal engagé avec le ministre François Blais.

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ÉDITORIAL / Après avoir bouleversé le Québec avec plusieurs réformes en santé et en économie, le gouvernement Couillard s'attaque à l'éducation avec son projet de loi 86 qui doit revoir la gouvernance scolaire. Cela sera son plus difficile objectif parce qu'il s'en prend maintenant à un domaine qui jouit d'une protection constitutionnelle.

En voulant revoir la composition des 72 commissions scolaires, le projet de loi rogne au passage les droits représentatifs de la minorité anglophone. Cette avenue mène toujours vers des écueils politiques douloureux.

Au lieu de gouvernements scolaires élus au suffrage universel, le projet de loi prévoit des conseils nommés ou élus par des comités. Ils doivent rassembler parents, enseignants, professionnels, directions d'école, administrateurs scolaires et représentants de la communauté.

En retirant le volet électif des commissions scolaires, la population perd un niveau de gouvernement auquel elle ne tient pas beaucoup - la participation aux élections scolaires est anémique depuis longtemps et la valeur des mandats des élus est d'autant diminuée.

Mais la légitimité des conseils scolaires précède la confédération canadienne, qui reconnaît depuis aux deux grands groupes linguistiques à la fondation du pays des droits inaliénables dont le projet de loi 86 diminue la portée, s'il ne les bafoue pas complètement.

Sur ce sujet, les francophones de l'Ontario et de tout le Canada partagent les mêmes préoccupations que les Anglo-Québécois.

Il a fallu des décennies d'âpres combats pour que les minorités de langue française obtiennent la pleine gestion de leurs écoles, un droit dont la majorité sous-estimait l'importance et contre lequel elle luttait pour ne pas éroder sa propre influence démographique et financière. Les provinces et territoires comptent maintenant des conseils scolaires de langue française, mais il reste encore quelques litiges. Cette prise de pouvoir des minorités francophones n'est pas encore totalement terminée; les tribunaux interviennent régulièrement sur ces questions, comme la Cour suprême l'a fait l'an dernier sur les critères d'admission aux écoles de langue française au Yukon.

Voilà que le Québec veut réformer sa propre gestion scolaire. Au lieu de s'inspirer des querelles qui ont eu lieu ailleurs au Canada, il devrait avoir la sagesse d'agir avec respect avec sa propre minorité linguistique.

Le ministre de l'Éducation, François Blais, balaie plutôt les objections des adversaires au projet de loi comme de la «résistance au changement». Pour la consultation préalable à l'entrée en vigueur du projet de loi, il se contente d'inviter des organisations qui l'ont épargné. Ce n'est pas le signe d'un grand démocrate.

Le premier ministre Philippe Couillard devrait rappeler à M. Blais le véritable sens du mot «consultation» et élargir l'invitation à tous les groupes qui croient qu'ils ont un intérêt dans l'affaire. La commission scolaire Western Québec pourrait avancer un point de vue différent de ceux du reste du Québec.

En santé, les réformes avancées par le ministre Gaétan Barrette ont toutes eu comme effet - volontaire ou non - de concentrer le pouvoir dans les mains du gouvernement central. Les Québécois sauront à l'usage si la décision était sage. En éducation, le projet de loi 86 aura le même effet.

Personne ne descendra dans la rue pour défendre les élections scolaires. C'est à peine si 10% de la population se donnait la peine d'y voter. Il y a plusieurs arguments en faveur d'une réforme. Mais le débat est très mal engagé avec le ministre François Blais.

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