Saine discussion

Justin Trudeau a promis, en campagne électorale, de... (Archives, La Presse)

Agrandir

Justin Trudeau a promis, en campagne électorale, de réformer la démocratie canadienne.

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Réformer notre démocratie s'avérera un des engagements les plus difficiles de la campagne électorale de Justin Trudeau en 2015. Il n'y a probablement que la Constitution qui serait plus complexe à redéfinir... et ça, le nouveau premier ministre a clairement signalé qu'il ne tenterait pas le coup.

Il est encore trop tôt pour prendre position sur le fond. Nous ne pouvons même pas prétendre que tout est sur la table parce que le gouvernement n'a pas encore envoyé le moindre signal outre le fait qu'il souhaite un nouveau mode de scrutin d'ici 2019, c'est-à-dire une nouvelle manière de choisir nos députés. Pour le reste, nous sommes devant le néant.

Ce que nous savons, c'est que des centaines de Canadiens souhaitent un nouveau mode de scrutin car ils estiment que leur voix n'est pas (suffisamment) entendue dans le système actuel uninominal à un tour où le candidat qui obtient le plus de voix dans chacune des circonscriptions est proclamé élu (les anglophones appellent ce système «first past the post»).

Il est sain d'écouter les opinions de la population et l'idée d'engager un dialogue avec les Canadiens est louable.

LeDroit a rejeté les récents appels de réformes du mode de scrutin proportionnel car cela avait pour objectif de donner une voix plus importante à des partis aux idées marginales, et que cela favorisait les gouvernements minoritaires qui ont eu des effets délétères sur la démocratie canadienne entre 2004 et 2011.

Mais l'émergence du Parti vert, par exemple, nous invite à revoir nos positions. À plusieurs élections fédérales, les Verts ont récolté des milliers de votes dans 308 circonscriptions (338 aujourd'hui); les voix collectives de ces centaines de milliers de Canadiens ne menaient à rien parce que le système uninominal saupoudrait leur influence sur l'ensemble du pays... jusqu'à l'élection d'Elizabeth May en 2011 (mais nous parlons encore d'une place très minoritaire dans le discours public canadien).

Sans prétendre qu'il y avait là un affront à la démocratie, il est raisonnable aujourd'hui de se demander s'il n'y aurait pas une autre manière de colliger la pensée des Canadiens dans la formation de ses gouvernements.

Justin Trudeau va plus loin: il s'est engagé à trouver cette autre manière, et à la mettre en place dès la prochaine élection, en 2019. Il s'agit d'un objectif ambitieux mais il ne faut pas lui reprocher cette ambition, surtout comparée au manque d'ambition du gouvernement conservateur qui l'a précédé.

Mais changer les règles du jeu doit se faire avec l'assentiment le plus large possible. Pas nécessairement l'unanimité - elle pourrait mener à une paralysie - mais un large consensus. Pour la Constitution, la proposition de sept provinces sur 10 représentant ensemble 70% de la population est considérée raisonnable. Un plancher de cet ordre pour les parlementaires (députés et sénateurs) le serait aussi. Si tant d'élus sont d'accord, doit-on consulter la population? Encore, pas nécessairement.

Aucun système ne sera aussi facile à comprendre que l'uninominal. Toute proposition de remplacement doit être la plus simple possible. Il faut éviter la complexité qui ferait qu'un mécanisme trop lourd fasse en sorte que les Canadiens ignorent les conséquences de leurs votes. À ce sens, le mieux est l'ennemi du bien. Justin Trudeau n'a pas de temps à perdre, l'objectif est louable mais la route jonchée d'obstacles.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer