Le virage

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.... (Jacques Boissinot, La Presse Canadienne)

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Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.

Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

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ÉDITORIAL / Les négociations avec le secteur public au Québec sont toujours difficiles. Celles de 2015 n'auront pas été différentes. Mais le gouvernement de Philippe Couillard a évité l'affrontement que plusieurs anticipaient en mettant de l'eau dans son vin. Beaucoup, beaucoup d'eau.

Tout le discours de son gouvernement sur la ligne dure, sur la nécessité de contrôler les dépenses de l'État, a été balancé par la fenêtre lorsque l'énoncé économique du ministre des Finances Carlos Leitao, fin novembre.

Rappelons que M. Leitao a alors confirmé que le Québec retrouverait l'équilibre budgétaire en mars prochain. Que le déficit prévu de 2,35 milliards $ en 2015 était coupé de plus de moitié à 1,1 milliard $. Non seulement les finances s'amélioraient plus vite que prévu, mais la croissance se poursuit, tant au niveau de l'économie en général (+1,7% en 2016) qu'au chapitre des revenus du gouvernement (+4,1% en 2015-2016). 

Jusque là, le président du Conseil du Trésor maintenant son discours d'austérité en martelant la capacité de payer limitée de l'État québécois. Cela justifiait son 3,5% d'augmentation... sur cinq ans.

À partir du moment où Québec empoche plus que 4% par année (un scénario optimiste, bien sûr), Martin Coiteux obtenait donc le feu vert pour rapprocher les offres de l'État de ce chiffre magique. Le virage allait s'opérer.

D'autant plus que le gouvernement Couillard aurait été mal vu de poursuivre sa ligne dure tandis qu'il acceptait sans trop rechigner la facture de 400 millions $ pour ses médecins. 

Bref, en moins d'un mois, le ciel de Québec est passé de nuageux à très bleu.

C'est ainsi que les offres du gouvernement sont passées soudainement de 3,5% à 7,5%, puis à un peu plus de 9% au cours des 48 dernières heures. 

À 9%, c'est assez proche des 13,5% que les employés de l'État souhaitaient au début des négociations. Évidemment qu'ils ne s'attendaient pas à ce que tous leurs voeux soient exaucés, mais le grand saut proposé par Québec a rendu l'entente possible. 

On accusera le gouvernement d'avoir acheté la paix, comme à peu près tous ceux qui l'ont précédé; ce sera vrai. Le ton intraitable de M. Coiteux aura été rangé à la première embellie financière.

À 9%, c'est autour de l'Indice des prix à la consommation, ce qui laisse croire aux travailleurs qu'ils ne perdront pas trop de pouvoir d'achat jusqu'en 2020.

Tant pis pour ceux qui n'ont pas cru au front commun syndical, notamment les professeurs de la Fédération autonome de l'enseignement et ses 5100 membres en Outaouais. Si Martin Coiteux est magnanime à leur endroit - et on peut en douter -, il leur proposera un règlement similaire... que les professeurs de l'Outaouais devraient s'empresser d'accepter.

Le premier ministre Philippe Couillard peut maintenant claironner «mission accomplie», malgré les services à la population qui en ont pris pour leur rhume. Les structures de l'État ont été réformées, le surplus budgétaire est à la porte de l'Assemblée nationale. Il faut faire oublier le gouvernement Couillard I, celui qui coupe à gauche et à droite tout en bannissant le mot «austérité» de son vocabulaire. Place au gouvernement Couillard II, tout est en place. Et le vin qui goûtait l'eau devrait retrouver un peu de sa saveur.

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