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Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit

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ÉDITORIAL / Cela fait au moins cinq ans maintenant que le mystère des femmes autochtones assassinées ou disparues a frappé l'opinion publique. Toutes ces années le gouvernement conservateur a refusé de déclencher une enquête publique pour faire la lumière sur cet enjeu social déchirant.

Pour Stephen Harper, la responsabilité revenait aux corps policiers, principalement la Gendarmerie royale du Canada. L'an dernier encore, LeDroit soutenait cette avenue. Nous disions alors que «preuve n'avait pas encore été faite que cet outil ultime et exceptionnel était la meilleure voie à emprunter».

Depuis, combien de meurtres ont été résolus? Combien de disparitions ont été éclaircies? S'il y en a eu un seul, il n'a pas été ébruité.

Au contraire, se sont ajoutées des allégations d'agressions sexuelles contre des agents de la Sûreté du Québec à Val-d'Or.

Nous nous rallions donc au nouveau gouvernement libéral qui avait promis de déclencher une enquête nationale sur les plus de 1000 femmes autochtones disparues ou assassinées. Faute d'autre outil pour trouver les coupables, cette enquête est bienvenue. 

Cette semaine, il a franchi un premier pas en annonçant que trois ministres cabinet de Justin Trudeau mèneront une consultation auprès de familles éprouvées, dans un premier temps, puis auprès des organisations autochtones. Ensemble, les ministres de la Justice, Jody Wilson-Raybould; des Affaires autochtones, Carolyn Bennett; et de la Condition féminine, Patricia Hadju, devront «déterminer les objectifs, la portée et les paramètres de l'enquête». 

Nous voyons déjà que cette enquête prendra du temps et coûtera cher aux Canadiens. La vérité n'a pas de prix, mais la population et les proches des victimes doivent ajuster le niveau de leurs attentes.

La récente commission d'enquête Vérité et réconciliation, sur les pensionnats autochtones, a mis sept ans et a coûté plus de 60 millions $ - sans compter quelque 4 milliards $ en compensations aux victimes. La commission royale d'enquête sur les peuples autochtones Erasmus-Dussault, conséquente à la crise d'Oka, s'est terminée en 1996 après cinq années de travaux et des dépenses de 58 millions $.

Les gouvernements de l'époque ont passablement ignoré les conclusions de cette dernière, malgré l'ampleur de son mandat.

Le premier ministre Justin Trudeau s'est bien promis de ne pas oublier la plus récente. Il a même promis de mettre en place chacune de ses 94 recommandations, ce qui ne sera pas un mince tour de force.

Déjà, la ministre Bennett souligne que le gouvernement doit prendre le temps de bien faire les choses pour cette commission d'enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées. Le travail sera difficile. Il le sera doublement parce qu'une majorité de ces crimes relèvent de la violence conjugale, selon la GRC. Les communautés autochtones seront torturées par certains des témoignages qui seront entendus. Le mea culpa commencera dans les familles des victimes. L'Assemblée des Premières nations réclame la vérité à hauts cris, mais sera vraisemblablement honteuse de ce que certains de ses membres diront. 

Le Parti libéral avait promis un budget de 40 millions $: cela coûtera bien plus parce que les crimes ont été commis aux quatre coins du pays. Et les réponses pourraient bien ne pas venir avant la prochaine élection fédérale. S'il y a une manière de faire mieux et plus vite, sans rogner la quête de la vérité, cela sera pour le mieux. Les Premières nations ont suffisamment attendu pour que lumière soit faite.

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