Paris, le climat et les migrants

Des millions de personnes ont fui la Syrie... (Archives, La Presse Canadienne)

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Des millions de personnes ont fui la Syrie où sévit une guerre civile depuis quatre ans

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ÉDITORIAL/ L'Europe et le monde occidental sont moralement torturés par la crise des migrants. Le Canada s'est placé au coeur de cette détresse humanitaire et pendant la récente campagne électorale, les engagements du Parti libéral ont aidé à les porter au pouvoir.

Des millions de personnes ont fui la Syrie où sévit une guerre civile depuis quatre ans, augmentée par l'arrivée d'islamistes intéressés à créer un nouvel état religieux dans l'est et dans le nord, à cheval sur l'Irak. Se sont mêlés à eux des centaines de milliers d'autres qui espèrent simplement échapper à la pauvreté.

Cette crise n'a pourtant aucune mesure avec celle qui attend la Terre si les changements climatiques ne sont pas freinés. Voilà la tâche à laquelle s'affairent quelque 180 chefs d'État réunis à Paris où se déroule la cinquième grande rencontre internationale sur les changements climatiques. Tous espèrent en arriver à un plan d'action mais plusieurs ne sont pas prêts à s'imposer des sacrifices.

Pendant les années du gouvernement de Stephen Harper, le Canada se plaçait dans le camp des climatosceptiques ou pire, celui des négationnistes. Il y a des relents de cette tendance dans le discours du premier ministre de l'Inde, Narendra Modi, qui a affirmé: «Nous avons toujours besoin des énergies conventionnelles. On doit les rendre plus propres mais pas imposer la fin de leur utilisation.» M. Harper, qui qualifiait toute initiative de contrôle des gaz à effet de serre de «tueuse d'emploi», aurait été fier de lui. M. Modi ne veut pas mettre en péril l'éveil économique de son pays et rechigne à mettre en place des mesures pour limiter les GES.

(L'Inde n'est pas tout à fait seule. Il reste à voir ce que le sénat à majorité républicaine permettra au président Barack Obama de faire au-delà de ses belles paroles, ou la Chine, elle aussi aux prises avec un ralentissement économique.)

À des sommets comme celui de Paris, subsiste toujours une bonne dose d'hypocrisie où des chefs d'État clament publiquement appuyer les objectifs contraignants de contrôle des GES mais hésitent une fois revenus dans leurs pays.

En cela ils rappellent bien des Canadiens qui endossent Justin Trudeau proclamant que «le Canada est de retour!» mais qui rechignent à l'idée de modifier leurs comportements au quotidien. Recyclage, compostage, réduction des déchets, covoiturage et transport en commun, c'est beau en principe mais trop de nos concitoyens hésitent à adopter de nouvelles habitudes.

Limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius d'ici 2100 demeure pour beaucoup une cible théorique intangible pour des gens des pays nordiques qui rêvent d'une météo un peu plus clémente. De nos contrées froides mais somme toute sécuritaires, nous peinons à comprendre que le réchauffement planétaire provoque la fonte de la calotte glaciaire et la hausse du niveau des océans, qui met à son tour en péril des centaines de millions d'humains établis sur les rives. Lorsqu'ils tenteront d'échapper à ces régions en danger, leurs villes inhabitables et leurs champs désormais inondés, ils provoqueront une crise de migrants d'une ampleur sans aucune mesure à celle de 2015.

Comment réagiront les Canadiens devant une crise 10, 100, 1000 fois plus importante que celle des migrants syriens? Voilà ce qui se cache en filigrane de la Conférence de Paris.

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