Le nouvel allié d'Uber

ÉDITORIAL / Depuis environ un an, l'industrie canadienne du... (Jeff Chiu, Archives AP)

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Jeff Chiu, Archives AP

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ÉDITORIAL / Depuis environ un an, l'industrie canadienne du taxi est malmenée par l'arrivée d'un concurrent américain insoupçonné, l'application pour téléphones mobiles Uber.

Sur une interface simple, des gens qui doivent se déplacer sont mis en contact avec des chauffeurs qui sont sur la route: le paiement se fait électroniquement... et Uber empoche un pourcentage.

Comme si ce n'était pas suffisant, le Bureau de la concurrence a asséné jeudi un autre coup en publiant une étude appelant à une «Modernisation de la réglementation régissant l'industrie canadienne du taxi». Derrière ce titre éteignoir, le Bureau appelle à l'élimination de ce qu'il considère être des règles protectionnistes et souhaite plus de concurrence dans cette industrie dont les pratiques vétustes tirent leur origine des années de l'après-guerre. 

Le mémoire serait issu d'un think tank de la droite corporative que son essence ne serait pas radicalement différente. Ce réquisitoire glorifie la libre concurrence au point qu'elle n'en voit que des atouts. 

«Une concurrence plus vive confère des avantages aux consommateurs, dont des prix plus bas, un service de meilleure qualité, une plus grande commodité et un niveau d'innovation accru», y lit-on. 

Le document honnit toute réglementation, car elle tempère les forces du marché et limite les effets de la concurrence. Les besoins des publics non traditionnels n'a aucune grâce à ses yeux, comme le transport adapté ou le respect des langues officielles. 

Pourtant, les villes de qui relève l'industrie du taxi n'ont pas mis en place un train de règlements parce qu'elles n'avaient rien d'autre à faire. C'est afin d'offrir de meilleurs services et/ou à la suite de plaintes que les gouvernements ont exigé des certificats de bonne conduite de la part des chauffeurs, exigé des véhicules en bon état, sécuritaires et propres, disponibles à toute heure du jour et dans tous les quartiers. Parce que laissé aux forces du libre marché, l'industrie du taxi avait permis à des personnages peu recommandables de prendre leurs clients comme cibles criminelles, a toléré des autos-taxis dangereux, dont les services ne sont pas suffisamment accessibles hors des plages horaires et des lieux les plus fréquentés.

Il ne faut cependant pas rejeter le mémoire du Bureau du revers de la main. Au-delà de sa rhétorique de droite vantant le libre marché, il y a du vrai dans le constat que les gouvernements ont abusé de la réglementation, serrant la vis à une industrie qui obtenait en contrepartie une hausse de ses tarifs. Aujourd'hui, si le chauffeur aide à embarquer une valise, c'est qu'il pourra facturer le geste, comme toute minute d'attente qu'il estime indue. Et s'il pouvait exiger 25 cents pour sa politesse, il le ferait. Toute bienséance est disparue depuis longtemps. 

Les malheurs que l'industrie du taxi subit aujourd'hui, les chauffeurs et les propriétaires se les sont en grande partie infligés eux-mêmes. Sauf pour leur nouvelle application pour téléphone intelligent, ils sont des dinosaures du service à la clientèle (c'est pourquoi l'initiative Téo, de l'entrepreneur Alexandre Taillefer, à Montréal, semble si révolutionnaire avec ses véhicules électriques, ses chauffeurs polis et payés à l'heure, etc.).

Uber offre un service moins réglementé, mais plus économique d'environ 35%. Il a aujourd'hui un nouvel allié, le Bureau de la concurrence. Il reste à voir comment l'industrie réagira. Ou si elle préférera encore se plaindre.

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