Prudence salutaire

Le Canada doit accueillir 25 000 réfugiés syriens... (Archives, Agence France-Presse)

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Le Canada doit accueillir 25 000 réfugiés syriens d'ici février 2016.

Archives, Agence France-Presse

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ÉDITORIAL/ De façon générale, les Canadiens sont en accord avec l'engagement du gouvernement de Justin Trudeau d'accueillir 25 000 réfugiés de la Syrie. Mais les détails de cette immigration humanitaire sont encore très parcellaires. Nous n'en avons pas su beaucoup plus lors de l'annonce du ministre John McCallum, mardi.

Le clou de sa sortie devait amortir le choc de l'annonce que ces 25 000 futurs Canadiens ne débarqueraient pas tous avant la fin de 2015, comme promis pendant la récente campagne électorale. Un nouvel échéancier prévoit l'arrivée de 10 000 réfugiés d'ici Noël. Les 15 000 supplémentaires arriveront au cours des mois de janvier et février 2016.

M. McCallum, ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, a multiplié les précautions pour faire passer cette rupture de l'engagement électoral en une manoeuvre de prudence au lendemain de nombreuses attaques terroristes par des islamistes à Paris, au Mali, au Liban et ailleurs. Si le gouvernement conservateur de Stephen Harper misait sur la sécurité avant les gestes humanitaires, les libéraux ne veulent pas pour autant courir de risque en précipitant l'arrivée de réfugiés du Proche-Orient parmi lesquels pourraient se faufiler des fous d'Allah.

Les Canadiens doivent faire preuve d'indulgence envers ce nouveau gouvernement et sa «promesse brisée». LeDroit avait d'ailleurs conseillé cette voie de la prudence, qualifiant d'«ambitieux» l'objectif de 25 000 réfugiés (18 novembre).

Mardi, M. McCallum a confirmé les grands principes de l'opération, mais a été avare d'autres détails.

Les questions d'immigration sont cruciales pour le Québec, qui a négocié des ententes avec le fédéral dans ce domaine, ainsi que pour les communautés minoritaires francophones dans le reste du pays qui misent sur ce phénomène pour grossir leurs rangs. Qu'en est-il de la francisation? Québec ne doit certainement pas créer une brèche dans la Loi 101 et permettre la scolarisation en anglais de ces centaines d'enfants, et leurs parents doivent savoir d'emblée que s'ils aboutissent au Québec, qu'ils apprendront le français en priorité.

Le Québec a des principes ou n'en a pas.

De la même manière, ceux qui montreraient une ouverture à apprendre le français, ou le possèdent déjà en tout ou en partie, devraient se voir offrir la possibilité de s'intégrer dans des communautés francophones en Ontario ou ailleurs au pays. Les Francos ont besoin d'eux. À ce titre, il paraît risqué que toute cette immigration soit dirigée dans quelques grands centres urbains au Canada, à moins qu'il y ait là des Syriens prêts à faciliter leur accueil.

Par ailleurs, il n'est pas question que les nouveaux arrivants obtiennent plus - ni moins! - de services que les Canadiens.

Le système de santé au Québec est fragile et les Québécois ont de la difficulté à avoir un médecin de famille, par exemple. Dans plusieurs quartiers, les écoles fonctionnent à capacité. Le temps de spécialistes en pédagogie est une denrée rare - et encore plus avec les mesures d'austérité du gouvernement de Philippe Couillard. Idem pour l'accès à du logement subventionné, à des aides à l'emploi, etc.

Les gouvernements doivent en être conscients. Il paraîtrait fort mal que des réfugiés à peine débarqués en sol canadien jouissent d'un traitement de faveur auquel la population locale n'a pas accès, elle qui leur ouvre déjà généreusement sa porte. Ni plus, ni moins de services, voilà ce à quoi l'État doit s'engager pour que cette opération humanitaire soit couronnée de succès.

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