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La présidente de la Commission, la juge France... (Paul Chiasson, PC)

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La présidente de la Commission, la juge France Charbonneau

Paul Chiasson, PC

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ÉDITORIAL / Personne n'anticipait, il y a quatre ans, que l'absence de Roderick Macdonald aurait une importance dans les conclusions de la commission Charbonneau.

Écarté dès le début pour cause de grave maladie, avant de décéder l'an dernier, sa disparition a fait en sorte que le rapport final de la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction est divisé sur l'un des principaux enjeux qu'elle devait approfondir.

Au terme de quatre années de travaux, la juge France Charbonneau estime qu'il y a eu démonstration d'un lien indirect entre les partis politiques et l'industrie de la construction. L'autre commissaire, Renaud Lachance, n'y croit pas. Sa dissidence - un fait rare dans une commission d'enquête - est argumentée sur trois longues pages du volumineux rapport qui en fait plus de 1700.

Sans doute que le comptable en lui aurait souhaité un lien de causalité dans au moins un cas. Aucun n'a été produit devant la commission. Nulle preuve qu'un contrat X ait été obtenu à la suite de pressions politiques exercées lors de ces fameux cocktails de financement. Toutefois, il ferme les yeux sur un ensemble de preuves circonstancielles démontrant que, même s'il n'y a aucun lien direct, ces rencontres étaient des lieux d'influence évidents.

C'est là que nous regrettons l'absence du juriste Macdonald. Son avis aurait permis d'avoir un rapport majoritaire. Maintenant, c'est à chacun d'évaluer s'il y a eu copinage immoral entre politique et secteur privé... ce qui fait bien l'affaire des politiciens en bout de ligne, et tout particulièrement le Parti libéral du Québec, qui était souvent visé par les témoignages entendus à la commission.

Le rapport est diminué, mais la commission - rappelons-le avec force - a fait oeuvre utile pour nettoyer les pratiques de l'industrie de la construction. S'il existe encore de la collusion, elle semble être bien moins courante qu'avant 2009 où ingénieurs, firmes de construction, mafia et politiciens en mal d'influence et de contributions partisanes se fréquentaient sans vergogne. Aujourd'hui, les contributions politiques ont été resserrées, les activités de financement partisan sont beaucoup moins un repaire d'influence illicite.

Dans la construction, plusieurs magouilleurs sont disparus et la mafia qui arbitrait les différends est retournée à ses dossiers traditionnels. Des politiciens ont été mis hors circuit, comme celui de Laval, le véreux Gilles Vaillancourt, et son homologue de Montréal, Gérald Tremblay, qui n'avait jamais rien vu ni su. Les firmes de génie-conseil marchent les fesses serrées, les cartels comme celui de Gatineau semblent hors d'état. La vieille garde syndicale est partie. Des outils de surveillance comme l'Unité permanente anticollusion ont été mis en place; parmi ses 60 recommandations, Mme Charbonneau en suggère un autre, une «Autorité des marchés publics» qui s'assurerait que les grands chantiers sont menés en toute légalité.

De façon plus générale, les vertus de la probité et l'intégrité sont revenues à la mode tant chez les fonctionnaires que dans la société civile. Et la population a tout ce beau monde à l'oeil; sa désillusion et son désespoir d'antan ont fait place à un sain scepticisme.

L'abandon des vieux réflexes de corruption apaisera le contribuable qui a vu de ses millions être détournés illégalement. Il sera impossible d'en récupérer assez pour payer les 44,8 millions $ qu'aura coûté la commission Charbonneau.

Aujourd'hui, les choses paraissent être revenues à la normale... Jusqu'à la prochaine fois?

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