Vide de sens

Le premier ministre du Québec, Phillippe Couillard, en... (Martin Roy, Archives LeDroit)

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Le premier ministre du Québec, Phillippe Couillard, en compagnie des députés Maryse Gaudreault, André Fortin, Alexandre Iracà, Marc Carrière et Stéphanie Vallée

Martin Roy, Archives LeDroit

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ÉDITORIAL / La population de l'Outaouais ne doit pas s'enthousiasmer de la dernière visite du premier ministre Philippe Couillard, vendredi. Il n'a fait que répéter un engagement vide de sens.

À défaut d'informations concrètes, il ne faut voir là qu'une manoeuvre politique pour pelleter les problèmes de l'éducation supérieure en Outaouais plus loin en avant.

En termes plus clairs, le dossier piétine, fait du surplace et n'avance pas.

Ceux qui s'enthousiasment que le premier ministre dise qu'«il va y avoir un statut particulier pour l'éducation en Outaouais» souffrent ou de partisanerie aveugle ou d'amnésie sélective. Il avait dit la même chose en mars 2014. En 18 mois, rien n'a progressé. La seule différence? Il n'était pas encore premier ministre. C'était au coeur de la campagne électorale, et la population sait bien que les politiciens sont prêts à dire un peu n'importe quoi pour se gagner son vote.

En mars 2014 comme la semaine dernière, l'engagement sonne creux. Il n'y a aucune autre précision. Pas d'argent supplémentaire en perspective, pas de «voie rapide» pour les dossiers de l'Outaouais qui croupissent depuis des années dans la filière des projets refusés.

Nous n'en sommes encore qu'aux voeux pieux et aux paroles prometteuses mais qui ont été suivies de l'inaction par le passé. On parle toujours d'«un plan avec des échéanciers». Mais personne ne le voit.

M. Couillard demande à la population de l'Outaouais de lui faire confiance en éducation comme lorsqu'il a livré un statut particulier en santé, quand il en était ministre en 2007.

Alors lui faire confiance, on veut bien. 

Mais en santé, les grandes percées au plan des temps d'attente ne se sont pas vraiment concrétisées. Les gens n'ont pas beaucoup plus accès à un médecin de famille, les temps d'attente à l'urgence frisent les 24 heures, l'accès à des spécialistes ou leurs tests demeure déficient. Quel serait l'état de la santé en Outaouais s'il n'y avait pas eu ce statut particulier!

En éducation, 1400 étudiants de l'Outaouais choisissent l'Ontario et le collège La Cité en raison de ses nombreux programmes et de spécialisations en deux ans plutôt que trois, même ça leur coûte des milliers de dollars en plus... et qu'ils risquent de ne pas voir leurs compétences acquises en Ontario être reconnues au Québec. Un millier d'autres optent pour l'Université d'Ottawa, l'Université Saint-Paul ou même l'anglophone Université Carleton plutôt que l'Université du Québec en Outaouais parce que cette dernière n'offre encore que trop peu de programmes postsecondaires. Encore là, les étudiants qui traversent la rivière des Outaouais le font en dépit de frais d'études beaucoup plus élevés.

Tous ces cerveaux quittent le Québec temporairement... mais des centaines ne reviennent jamais parce qu'ils sont dirigés vers des employeurs ontariens, et choisissent d'y faire leur vie. Une revanche des berceaux à l'envers.

Si au moins il y avait une lumière au bout du tunnel.

Depuis 2011 que l'Alliance de la cause de l'enseignement supérieur en Outaouais (ACESO) martèle les déficiences du réseau post-secondaire dans l'ouest du Québec. Elle a maintenant en main un rapport Demers qui en a fait un bilan complet et indépendant. Les gouvernements ont changé, les promesses sont les mêmes... et le concret manque toujours à l'appel.

Dans six mois, des milliers d'élèves sortiront du secondaire mais n'auront pas plus de choix devant eux. Gageons que les suivants, dans 18 mois, n'en auront pas plus... qu'une autre promesse vide dans les oreilles.

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