Le paradoxe

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L'Université d'Ottawa a récemment nommé le patron d'Air Canada, Calin Rovinescu, au poste de chancelier.

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ÉDITORIAL / L'Université d'Ottawa a récemment nommé le patron d'Air Canada, Calin Rovinescu, au poste de chancelier. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce choix envoie un bien bizarre de message à la communauté franco-ontarienne.

Nul doute que M. Rovinescu est très qualifié pour occuper ce poste largement cérémonial. Le chancelier assiste aux remises de diplômes, mais toutes ses autres fonctions sont honorifiques: siéger s'il le veut au Sénat et au Bureau des gouverneurs, appuyer les campagnes de financement, représenter l'université, etc.

Diplômé en droit de l'Université d'Ottawa, sa prédécesseure Michaëlle Jean lui a même décerné un doctorat honorifique l'an dernier.

Mais Calin Rovinescu est davantage connu comme haut dirigeant d'Air Canada où il est entré en 2000, pour en assumer la présidence en 2009. Et Air Canada n'a pas un rôle simplement qu'accessoire dans la promotion des langues officielles au pays. Air Canada a une obligation à ce chapitre que les tribunaux ont confirmé plusieurs fois.

Aux yeux du Commissariat aux langues officielles, Air Canada est le pire citoyen corporatif. Année après année, Air Canada décroche la palme du nombre de plaintes de la part de francophones qui ne réussissent pas à obtenir des services dans leur langue, au sol ou à bord de ses avions.

À chaque fois, Air Canada tente de se soustraire à ses responsabilités en matière linguistique. Souvent est allégué le fait que les compétiteurs d'Air Canada ne sont pas soumis aux mêmes obligations linguistiques. On peut compatir avec les patrons d'Air Canada qui doivent tirer leur épingle du jeu dans un contexte de compétition injuste, mais ces règles ne sont pas nouvelles.

Sous la gouverne de M. Rovinescu, Air Canada n'a pas fait mieux ni pire qu'avant dans le dossier des langues officielles.

Nous pouvons donc accueillir avec un sourcil bien froncé le fait que ce patron du milieu des affaires incarnera dorénavant une institution elle aussi réputée pour son bilinguisme.

Nous n'irons pas jusqu'à craindre que les pratiques délinquantes d'Air Canada ne déteignent sur l'Université d'Ottawa. Rappelons que ses fonctions seront principalement honorifiques.

Mais il est un peu ironique qu'au même moment où Air Canada s'empêtrait avec ses obligations face à sa clientèle francophone, l'Université d'Ottawa peinait elle aussi à maintenir un sain environnement pour ses étudiants francophones.

Il s'agit d'un vieux débat pour l'université dirigée par Allan Rock, mais il demeure encore bien actuel. L'Université d'Ottawa a obtenu une désignation partielle en vertu de la Loi ontarienne sur les services en français. En 2007, elle entreprenait un large effort de francisation à la suite d'un rapport d'un groupe de travail qui suggérait un train de 31 mesures pour renforcer le français sur le campus. Pendant ce temps, des forces franco-ontariennes militent pour la création d'une université entièrement de langue française en Ontario: la députée néo-démocrate France Gélinas dépose justement un projet de loi à cet effet jeudi à l'Assemblée législative.

La grogne est donc bien présente à l'effet que l'Université d'Ottawa ne répond pas suffisamment aux aspirations des Franco-Ontariens. Là, elle nomme un chancelier qui, dans sa vie professionnelle, combat les obligations linguistiques chez Air Canada. L'Université d'Ottawa vient de créer ici un paradoxe dont elle aurait pu se passer si le français fait autant partie de sa mission fondamentale que l'affirme sa vision.

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