Ambitieux objectif

ÉDITORIAL / En campagne électorale, le Parti libéral du Canada... (Bulent Kilic, AFP)

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Bulent Kilic, AFP

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ÉDITORIAL / En campagne électorale, le Parti libéral du Canada avait promis d'accueillir avant la fin de l'année 25 000 réfugiés syriens, déplacés par les régimes de terreur de Bachar el-Assad et de l'État islamique.

Nous étions en août et l'hiver était bien loin quand l'opinion publique avait été chamboulée par une photo, le cadavre du petit migrant Alan Kurdi, échoué sur une plage de la mer Méditerranée.

À l'inverse, le gouvernement conservateur mettait la sécurité des Canadiens devant la crise humanitaire et le rôle que notre pays pouvait jouer pour alléger le fardeau de centaines de milliers d'êtres humains.

Justin Trudeau avait incarné la compassion qui a eu raison, dans l'urne, sur l'impassibilité de Stephen Harper.

La classe politique savait que l'objectif de 25 000 au 31 décembre était ambitieux. Les conservateurs l'avaient fixé à 10 000, et sur un horizon bien plus long.

Aujourd'hui, au lendemain de l'attaque terroriste sur Paris, plusieurs voix s'élèvent pour qu'on lève le pied de l'accélérateur.

Brad Wall, le premier ministre de la Saskatchewan, craint qu'une poignée de terroristes en devenir se faufilent dans la masse de réfugiés. Cette perspective a été renforcée alors qu'on rapporte qu'un des attaquants de Paris se serait justement glissé jusqu'en France sous de faux prétextes.

Régis Labeaume, le maire de Québec, croit qu'il faut «prendre une pause», car «la précipitation» crée de l'inquiétude dans la population.

La ministre québécoise de l'Immigration, Kathleen Weil, croit aussi que l'échéancier du 31 décembre «n'est pas réaliste». Venant de la personne qui doit mettre en place les services d'accueil pour quelque 5750 personnes - environ le quart du total canadien -, cela est particulièrement préoccupant.

Pendant ce temps, le premier ministre canadien maintient son discours à l'effet que l'accueil des 25 000 réfugiés syriens est «la chose à faire».

«Ça ne change pas notre engagement. [...] Il a toujours été question, au coeur de cette promesse, d'assurer la sécurité des Canadiens», a lancé Justin Trudeau entre les sommets internationaux en Turquie et aux Philippines.

Nous revenons donc à l'arbitrage sécurité/humanité que M. Harper mettait de l'avant en campagne électorale. Qu'est-ce qui doit être fait, à quelle hauteur, et dans quel horizon de temps?

Outre une pétition qui circule, personne ne remet en question l'objectif des 25 000 réfugiés, bien plus ambitieux que celui des conservateurs. Il n'y a pas raison de le diminuer. Ce serait envoyer un très mauvais message à la communauté internationale. Et cet objectif ambitieux mais raisonnable sert justement d'argument à bien des pays dans le monde, dont les États-Unis, qui n'en font pas beaucoup pour alléger cette crise humanitaire.

Les réfugiés devront passer au travers d'un filtre qui doit intercepter l'ivraie qui pourrait s'y faufiler. M. Trudeau doit être plus transparent à cet égard. Il a la responsabilité d'expliquer en détail aux Canadiens le rôle déjà accompli par les Nations unies dans ce domaine, et celui que nos ministères concernés, dont celui de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, doivent jouer à cet égard.

Justin Trudeau doit enfin expliquer comment cette marche à suivre pourra être mise en place jusqu'au 31 décembre. Les Canadiens ne lui tiendront pas rigueur de vouloir tenir sa promesse électorale. Parallèlement, ils ne devraient pas lui tenir rigueur si quelques vérifications supplémentaires ralentissent le processus d'accueil au-delà du 31 décembre. L'important, c'est que ce soit fait.

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