L'escalade

Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux... (Erick Labbé, Archives Le Soleil)

Agrandir

Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux

Erick Labbé, Archives Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La négociation de conventions collectives est à la fois une technique et un art. Rares sont ceux qui y excellent, et il faut être plongé dans ce bain pour savoir si on les maîtrise.

Pour ces surdoués, le processus semble même facile. C'est beaucoup une question d'approche, de ton, de vocabulaire. Il y a des choses à dire et à ne pas dire, et c'est tout aussi vrai pour la manière. L'atteinte d'une solution négociée passe parfois par des chemins tortueux, mais l'important, c'est le résultat.

Au Québec, le président du Conseil du Trésor ne semble maîtriser ni l'art ni la technique. Martin Coiteux a plutôt le tour pour pousser ses vis-à-vis à l'exaspération.

On comprend que le mandat qu'il a obtenu du premier ministre Philippe Couillard est ambitieux et très difficile. Le redressement des finances publiques et le retour à l'équilibre budgétaire dans un délai d'un an nécessitent une poigne certaine. M. Coiteux semble l'avoir. Mais dans l'exercice de négociation collective dans lequel il est plongé avec quelque 500 000 fonctionnaires québécois, il semble manquer de doigté.

Au cours des dernières heures, les négociations paraissent avoir atteint un moment critique.

Québec dit avoir bonifié son offre de 1,7 milliard $, mais à première vue, tout ce qui a changé est l'ordonnancement du gel salarial de deux ans sur les cinq années que prévoit la convention collective.

Nous en sommes encore à 3% d'augmentation sur cinq ans, alors que les travailleurs n'ont pas bougé non plus de leur demande de 13,5% sur ces mêmes cinq années.

Le front commun syndical n'a pas répondu officiellement à la nouvelle proposition de M. Coiteux. Il en est courroucé, surtout que les moyens de pression n'ont pas réduit.

Le politicien n'accomplira rien en qualifiant ces moyens de pression d'«inacceptables» et en «demandant» aux représentants des travailleurs de revenir à la table pour qu'on lui présente une réponse «sérieuse». Il ne fait qu'escalader la pression dans la marmite négociatrice en parlant ainsi.

On se doute bien que sur le fond de la négociation, M. Coiteux ne changera pas beaucoup son fusil d'épaule. Mais il s'économiserait bien des soucis en «invitant» la partie adverse à la table, en «souhaitant» qu'elle lui présente une contre-offre qui sera «nécessairement sérieuse». Tout ce qui s'éloigne de ce discours conciliant équivaut à dénigrer ses vis-à-vis et à qualifier le message des fonctionnaires d'amateur, de puéril, d'insultant.

Évidemment, l'émissaire de M. Couillard sait qu'il a ultimement le gros bout du bâton. Bien qu'elle fasse les frais des moyens de pression des travailleurs de l'État, la population ne s'est pas rangée de leur côté. Le résultat favorable aux libéraux lors de trois des quatre élections partielles, lundi, est interprété comme une approbation par le gouvernement de sa politique d'austérité budgétaire et des réductions de services imposées aux Québécois.

Avec les Québécois tacitement dans son coin, il reste toujours à M. Coiteux l'arme ultime d'une loi spéciale pour forcer de nouvelles conditions d'emploi ainsi qu'un retour au travail avant l'hiver, ou peut-être même avant la fin de novembre.

Pour le moment, Martin Coiteux s'est au moins refusé de faire toute référence à une loi spéciale et il y a au moins cette sagesse dans son discours. Il reste à voir combien de temps cela durera et jusqu'à quand durera sa patience.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer