Le dilemme Bombardier

ÉDITORIAL / Québec avait-il le choix de pomper 1 milliard $... (Nathan Denette, PC)

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Nathan Denette, PC

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ÉDITORIAL / Québec avait-il le choix de pomper 1 milliard $ dans Bombardier? Pas vraiment. Comme le gouvernement américain n'avait pas trop le choix, en 2008, de secourir de gros joueurs du secteur financier devenus «trop gros pour couler» («too big to fail»).

Les conséquences de raccrocher au nez de Bombardier risquaient d'être plus grandes que celles d'accepter d'investir cette somme énorme.

Il y a quelque chose d'assez inconvenant de confier 1 milliard $ des contribuables à une entreprise du secteur privé pendant que de l'autre côté, ce gouvernement plaide l'austérité budgétaire dans ses négociations avec ses fonctionnaires, enseignants et travailleurs du milieu de la santé. Ils ne sont pas les seuls à payer: toute la population subit les coupes budgétaires généralisées qui réduisent les services de l'État.

Si l'on n'a pas d'argent pour payer des services de base en santé et en éducation, entre autres, comment peut-on avoir de l'argent à donner à Bombardier?

Mais ce n'est jamais aussi simple que cela. 

Le vraie dilemme que le gouvernement Couillard avait sous ses yeux, c'était d'évaluer le coût de l'immobilisme. Le coût des emplois perdus, évidemment, le coût de voir l'un des fleurons du secteur industriel du Québec faillir, passer sous contrôle étranger ou disparaître totalement. Il a choisi d'agir. 

Ce n'est pas comme si l'interventionnisme de l'État dans les affaires de Bombardier était nouveau. Elle a déjà profité de quelque 800 millions $ en prêts de Québec et du fédéral. Le bien-être social aux entreprises est une pratique courante, pas seulement au Canada, mais partout où les entreprises réussissent à enjôler les gouvernements. 

Si ça vous surprend, sachez que cela fait d'ailleurs plusieurs mois que des ténors du gouvernement Couillard envoient des signaux qu'une aide financière à Bombardier se préparait.

Les partis d'opposition font leurs choux gras de la dernière annonce de Québec. M. Couillard parait mal contre ces deux magnats de la finance que sont Pierre Karl Péladeau et François Legault, qui ont négocié des semblables ententes dans le passé. Ils ont pointé du doigt l'absence de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui aurait dû être à la table si Bombardier était une si bonne affaire. Ils réclament aussi l'appui du fédéral - et le nouveau gouvernement de Justin Trudeau sera vite confronté à cette demande. 

MM. Legault et Péladeau estiment que Québec n'a pas bien négocié parce que les 49,5% qu'il obtient ne concernent qu'une nouvelle société vouée au seul projet des avions de la CSeries. C'est très risqué, oui, mais c'est dont avait besoin Bombardier pour mener à terme le développement de son nouvel avion, pas de solder sa division ferroviaire.

M. Couillard se défend aussi bien mal en faisant le parallèle avec l'aide fédérale de 10 milliards $ au secteur automobile en 2008. Il y avait alors une crise financière mondiale. Le cas de Bombardier est très différent: son projet était trop ambitieux, trop cher pour ses moyens. Et dans une industrie comptant des rivaux bien plus gros en Airbus, Boeing et même Embraer. 

Bombardier a pris une mauvaise décision et les contribuables du Québec paieront pour. Voilà ce qui est vraiment scandaleux. Aujourd'hui, il faut juste espérer que l'aide de l'État suffira à lancer la CSeries et que dans quelques années, cette nouvelle gamme d'avions rapportera beaucoup de profits à Bombardier... et aux Québécois.

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