Victimes autochtones (2)

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Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit

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ÉDITORIAL / Les accusations d'agressions sexuelles par des policiers de la Sûreté du Québec sur des Autochtones à Val-d'Or tombent au moment même où le nouveau gouvernement de Justin Trudeau arrive au pouvoir à Ottawa. Il doit saisir cette occasion.

Pendant la campagne électorale, le chef libéral s'est engagé à tenir une commission d'enquête sur les meurtres ou la disparition de quelque 1200 femmes autochtones depuis 30 ans au Canada.

Il faut évidemment faire la lumière sur ces crimes qui sont restés sans même l'amorce d'une réponse depuis si longtemps. Mais une commission d'enquête est-elle le meilleur outil pour s'approcher de la vérité?

En août 2014, LeDroit était d'avis que preuve n'avait pas encore été faite que cet outil ultime et exceptionnel était la meilleure voie à emprunter. Qu'entre la piste de l'enquête policière préconisée par Stephen Harper et une autre commission d'enquête sur le terrible sort qui attend les Premières Nations, il existait peut-être une troisième voie.

La qualité des commissions d'enquête, c'est qu'elles vont en profondeur et lèvent toutes les pierres sous lesquelles se terrent des problèmes que l'on ne voudrait parfois pas voir. Elles tissent aussi des liens entre des phénomènes en apparence non reliés.

L'ennui des commissions d'enquête, c'est que ces liens tissés ne mènent pas à des accusations formelles contre ceux qui pourraient être coupables d'un ou plusieurs assassinats ou disparitions de femmes autochtones.

Ses recommandations sont d'ordre très général; trop de gouvernements feignent l'émoi dans les jours qui suivent leur dépôt mais finissent par les ranger sur une tablette où elles s'empoussièrent dans l'oubli. Elles coûtent aussi une fortune, tout comme la mise en place de bien de ses recommandations. Et elles mettent surtout beaucoup de temps - l'introspection se mesure en années. Si le gouvernement Trudeau devait en déclencher une d'ici quelques mois, le rapport final serait déposé bien après les prochaines élections, en 2019.

Une troisième voie, plus rapide et plus efficace, est possible. Le gouvernement Trudeau devrait savoir l'identifier. Elle devra nécessairement obtenir l'assentiment des Premières Nations et dénouer l'impasse des crimes impunis de manière appréciable.

Cette troisième voie, elle pourrait commencer par «désempoussiérer» le volumineux rapport de la commission d'enquête Erasmus-Dussault de 1996. Plusieurs de ses recommandations, 20 ans plus tard, sont tout aussi pertinentes et actuelles aujourd'hui. Plusieurs des constats sont les mêmes qu'avant. Et tirent leur poids d'une reconnaissance fondamentale que «les problèmes vécus par les Premières Nations sont largement le résultat de la perte de leurs terres et de leurs ressources, la destruction de leur économie et leurs institutions sociales, et le déni de leur nation».

Cette reconnaissance devrait redonner de la fierté aux membres des Premières Nations afin que les Blancs commencent à les considérer comme des voisins dignes mais éprouvés. Ça et un train de mesures dans la lignée de l'accord de Kelowna sous Paul Martin - 5,1 milliards $ pour des appuis en santé, en éducation, en logement, etc. - devraient faire un autre bout. Et enfin, un processus crédible pour jeter de la lumière sur les 1200 femmes disparues ou assassinées.

Voilà ce qui commencerait à concrétiser le changement auquel le nouveau premier ministre Justin Trudeau s'est engagé.

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