Un vrai front commun

Les grèves tournantes du Front commun syndical ont... (Martin Roy, LeDroit)

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Les grèves tournantes du Front commun syndical ont pris leur envol lundi.

Martin Roy, LeDroit

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ÉDITORIAL / Début des grèves tournantes par le Front commun syndical au Québec lundi: cela marque le début d'un automne de protestations qui pourraient s'étioler, ou qui pourraient avoir des airs du printemps érable 2012. Ce sera aux travailleurs de décider de la manière et de l'ampleur du mouvement de contestation.

Douze mille travailleurs étaient touchés en Outaouais, lundi. Des grèves tournantes avaient aussi été commandées au Saguenay-Lac-Saint-Jean, dans Lanaudière et les Laurentides, entre autres. Mardi, Québec doit en être; puis l'Estrie et la Mauricie, mercredi; Montréal et Laval, jeudi.

Au total, ce sont 400 000 travailleurs des secteurs publics et parapublics qui sont invités à se joindre au mouvement.

Ils protestent contre les politiques d'austérité du gouvernement de Philippe Couillard. Ce dernier a vu les premiers indices de cette contestation à l'été 2014; les pompiers de Montréal avaient pris d'assaut et mis fin aux délibérations du conseil municipal sous l'oeil complice des policiers. Ils protestaient contre de nouvelles règles de négociation des régimes de retraite. Cela avait nettement dépassé les bornes et il faut espérer que le Front commun syndical en a pris bonne note: les Québécois n'appuieront pas des grévistes casseurs qui font fi des règles de base en société.

Le gouvernement libéral n'y est pas allé avec le dos de la cuillère avec son objectif d'équilibre budgétaire dès sa première année. LeDroit a plusieurs fois estimé qu'il allait trop loin, trop vite. L'équilibre budgétaire s'avère un but louable parce que les déficits à répétition handicapent la marge de manoeuvre des gouvernements. Mais rien, sauf la résolution du gouvernement libéral, ne l'obligeait à revenir au déficit zéro si rapidement. Surtout dans un contexte où la reprise économique constatée aux États-Unis met du temps à traverser la frontière.

Dans cet épisode de grèves tournantes, les travailleurs en font beaucoup une affaire de salaires. Il est certain que se faire offrir 3% d'augmentation de salaire sur cinq ans est loin d'être acceptable. Surtout quand ils espéraient 13,5% sur la même période. Encore là, on a beau se dire que chacun y va de positions extrêmes et que les parties trouveront un terrain d'entente quelque part au milieu, un accord semble bien loin.

Pourtant, il faut regarder au-delà de la question des salaires. Pour deux raisons.

Premièrement, parce que beaucoup d'employés de l'État québécois sont raisonnablement bien payés. La population regarde ces gens avec une certaine envie, que ce soit pour le salaire, les généreux avantages sociaux et, surtout, la sécurité d'emploi.

Deuxièmement, parce que les conditions de travail importent bien plus que les salaires. Les salles de classe plus nombreuses, la baisse de services éducatifs d'appoint, les temps d'attente dans les soins de santé, voilà autant de baisses de services que doivent subir les Québécois. Et ils n'ont pas élu un gouvernement libéral qui allait manier la hache avec une telle vigueur. Si les travailleurs de l'État arrêtent de parler de leurs demandes salariales pour parler des services réduits qu'ils offrent à la population, ils pourront faire de cette dernière une alliée de taille.

La population détient les clefs de cet automne érable. Là est le véritable sens de l'expression «front commun». Devant un message à la fois des travailleurs et des Québécois victimes des coupures, le gouvernement Couillard fera face à son premier véritable test depuis l'élection. Il faudra surveiller sa réaction.

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