Le mirage du Bloc

Gilles Duceppe et sa femme, jeudi, à Montréal.... (Patrick Sanfaçon, La Presse)

Agrandir

Gilles Duceppe et sa femme, jeudi, à Montréal.

Patrick Sanfaçon, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL/ Le Bloc québécois a remporté 10 sièges à l'élection du 19 octobre, six de plus qu'il y a quatre ans. Mais ce mirage ne devrait pas réjouir personne dans le camp souverainiste car tous les autres indicateurs sont au rouge.

Depuis 2004, le Bloc perd des électeurs à chaque élection. Il avait amassé 1,68 million de votes il y a 11 ans, puis 1,553 en 2006, et 1,38 million en 2008.

C'était encore de belles années pour les troupes de Gilles Duceppe. La baisse était notable et préoccupante, mais pas catastrophique. Elle pouvait s'expliquer par une variété de facteurs tant locaux que nationaux, et sur la performance des autres partis. Le nombre de victoires électorales baissait aussi, de 54 à 51, puis 49, mais cette érosion était trop lente pour conclure à un gros problème à l'interne.

Évidemment, lorsque toutes les vannes ont cédé en 2011, plusieurs ont cru que les carottes étaient cuites pour le parti souverainiste à la Chambre des communes. Mais il subsistait toujours un doute.

Le Bloc a perdu presque 500 000 votes en 2011, n'en récoltant plus que 889 000. En pourcentage, c'était 4% de l'électorat qui lui avait tourné le dos, il n'y en avait plus que 6,04% alors qu'il en avait toujours eu plus de 10% auparavant. Avec à peine quatre circonscriptions, un chef battu dans son propre patelin de Laurier-Sainte-Marie, le parti était en lambeaux.

En 2015, l'hémorragie s'est poursuivie. Plus que 818 600 votes, un appui qui a chuté à 4,66%, loin sous le seuil psychologique de 5%. Mais 10 circonscriptions!

Cependant, il faut regarder plus loin. Les candidats du Bloc ont généralement terminé au troisième ou quatrième rang dans leurs courses respectives, derrière les libéraux, les néo-démocrates et les conservateurs. Sauf dans les coins où il a gagné et quelques autres. Et là encore, dans ces circonscriptions, ils ont souvent profité de courses à trois pour se faufiler devant le peloton. Le cas de Mirabel, sur la rive nord de Montréal, est typique: le bloquiste a eu 18 661 votes, la néo-démocrate 17 873 et le libéral 15 517.

Ce genre de résultat démontre une vulnérabilité patente. Dans quatre ans, la conclusion pourrait bien être totalement différente. Nous ne sommes pas dans les victoires confortables qui augurent bien pour l'avenir.

La performance du Bloc devrait provoquer une profonde réflexion. Le chef Gilles Duceppe a (re)démissionné jeudi. Le champ est libre mais personne ne bouscule au portillon, pas plus qu'après 2011.

Au-delà du futur chef, le Bloc ET le Parti québécois doivent se demander s'il est toujours sage de lutter sur deux fronts pour la souveraineté. Le PQ ne fédère même pas les forces indépendantistes au Québec, avec Québec solidaire et Option nationale qui jouent en marge du PQ. Ne devraient-ils pas tous unir leurs forces en vue de l'élection provinciale de 2018, plutôt que de se disperser au Québec et à Ottawa?

Cette interrogation, que les souverainistes se posaient déjà au temps de René Lévesque, s'avère plus pertinente que jamais en 2015. Ce serait une bonne mesure du leadership de Pierre Karl Péladeau de voir comment il pourrait rallier tous ses alliés potentiels sur un même terrain... et suggérer une fin à l'aventure du Bloc qui, rappelons-le, ne devait durer que le temps d'un référendum!

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer