La décennie Harper

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Stephen Harper espérait virer le Canada vers la droite pour des générations. À ce chapitre, il semble qu'il aura échoué.

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ÉDITORIAL/ Maintenant que la décennie de Stephen Harper est définitivement derrière nous, quel bilan peut-on en faire?

D'abord, le premier ministre sortant mérite le crédit d'avoir su réunir les forces de la droite au Canada de manière à offrir aux électeurs une alternative aux gouvernements libéraux successifs de Jean Chrétien et Paul Martin. La démocratie impose que les électeurs aient des choix nets pour gouverner le pays; M. Harper a su mettre sous un même chapiteau les restes du Reform Party et du Parti progressiste-conservateur tandis que le Nouveau Parti démocratique demeurait qu'une force d'opposition et le Bloc québécois noyautait la Belle Province.

Nous savons maintenant que ce nouveau Parti conservateur était un échafaudage bringuebalant de forces d'une droite religieuse, d'inconditionnels de l'équilibre budgétaire, de conservateurs au plan social (immigrants, anti-mariage gai, anti-avortement), de gens du milieu rural (anti-contrôle des armes à feu), et de l'Ouest (contre le pouvoir traditionnel de l'Ontario et du Québec), etc. Cet édifice a principalement tenu en place par le contrôle absolu instauré par M. Harper et son équipe.

Au fil des années, la politique de division a fait son temps. Des tensions ont émergé chez certains députés et militants qui se sont aperçus que leurs priorités étaient sacrifiées au nom du pouvoir au Parlement. Ils ont quitté ou ont simplement déserté le parti.

Au plan économique, M. Harper voulait faire du Canada une puissance énergétique. Mais cela s'est fait au détriment de la force industrielle de l'Ontario et du Québec. Quand les projets de pipelines ont bloqué et le prix du pétrole chuté, la récession était annoncée.

S'il vantait sa formation d'économiste, il n'a cependant pas été le leader de droite que certains espéraient.

Il n'a pas mis en place les politiques de laissez-faire; il n'y a qu'au plan de l'environnement qu'il a détricoté l'ensemble réglementaire en place. Malgré les cris des syndicats de la fonction publique fédérale, il y a à peu près autant de fonctionnaires qu'auparavant. Les subsides aux entreprises ont continué, ainsi que le système de gestion de l'offre dans le secteur de la volaille, des oeufs et du lait. Il n'a pas résisté aux appels d'un plan d'infrastructures lorsque la récession a frappé en 2008. Il a dirigé des gouvernements qui ont prôné un lent retour à l'équilibre budgétaire (comparé à la hâte démontrée par les libéraux de Philippe Couillard au Québec) parce qu'il préférait se servir des fonds publics pour les détourner vers des baisses de taxes et d'impôt ciblées.

Au plan de la gestion, M. Harper a mis en place un train de mesures relevant de la loi et l'ordre: peines plus sévères, lois anti-terroristes, etc.

Au-delà des faits, c'est surtout de la manière dont se rappelleront les Canadiens de l'héritage de M. Harper. Son obsession du contrôle, son esprit rancunier et sa partisannerie à outrance ont marqué ses gouvernements axés sur la division de l'électorat par un clientélisme constant, même au prix de meurtrir des institutions comme la Cour suprême, les agents du Parlement, les provinces ou la tradition pacifiste de notre politique extérieure des 50 dernières années. Tout devait servir les intérêts de son parti et la vérité a été une victime fréquente.

Stephen Harper espérait virer le Canada vers la droite pour des générations. À ce chapitre, il semble qu'il aura échoué.

(1er de deux. Demain: Ce dont Trudeau hérite.)

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