Bienséance 2.0

L'ex-candidat conservateur Jagdish Grewal aux côtés de son... (Facebook)

Agrandir

L'ex-candidat conservateur Jagdish Grewal aux côtés de son chef Stephen Harper

Facebook

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Quelques candidats aux élections ont récemment endossé un autre parti que celui qu'ils représentent. Une vante les bienfaits de la marijuana; une autre encore met en doute la tragédie du 11 septembre. Sans compter tous ceux qui ont quitté pour des propos homophobes, racistes, pro- ou anti-Israël. Et le titre va à ce bizarre qui a été filmé à faire pipi dans la cuisine d'une cliente.

C'est une épidémie.

Il ne s'est pas passé une semaine de cette longue campagne électorale sans qu'un candidat ne soit écarté de la course pour des paroles ou des gestes allant à l'encontre des «valeurs» du parti politique qu'il représente.

En fait, le rythme dépasse un par semaine. On approche de la vingtaine en 11 semaines de campagne, avec l'éjection de Jagdish Grewal, mardi, pour son éditorial dans le Penjabi Post, plus tôt cette année, où il semble endosser le principe que l'on peut guérir l'homosexualité.

Que se passe-t-il? Ce n'est pas un accident de parcours attribuable à l'alignement particulier des planètes en 2015. Rien à voir avec la récente éclipse lunaire.

Nous nous retrouvons plutôt à la confluence de plusieurs phénomènes qui sont en grande partie liés à l'émergence des nouvelles technologies et la popularité des médias sociaux.

Il y a 20 ans, il était plus facile de faire oublier nos idioties. Ou les camoufler.

Aujourd'hui, les appareils photos se retrouvent partout, à toute heure. Les «téléphones intelligents» prennent des empreintes de nos moments moins intelligents et l'émergence de médias sociaux en rend la dissémination extrêmement facile. D'un simple clic du doigt, la photo, la vidéo ou la bêtise est partagée à des centaines de personnes qui feront de même. La fureur est exponentielle et franchit vite les frontières de nos cercles d'«amis».

Il y a aussi un phénomène générationnel en jeu. Les jeunes candidats n'ont pas le monopole des propos intolérants ou racistes, bien au contraire. Mais la génération montante a grandi avec les nouvelles technologies et les médias sociaux et elle ne maîtrise pas toujours le filtre de la bienséance, du bon goût ou de la simple retenue dont il faut faire preuve en public. Elle est nourrie aussi par l'immédiateté des réactions que ces nouveaux médias stimulent: on se sent poussé à répondre tout de suite, sans réfléchir, sans repenser à ce que l'on vient de dire, d'écrire ou d'endosser, ni sur la manière que cela vient de se faire. Les correcteurs automatisés révisent la grammaire, pas les idées!

Mais ces apprentissages ne sont pas pour demain. Il faudra se faire à l'idée que tout ce que nous immortalisons - ou ce qui est immortalisé à notre insu, comme ces étourderies de jeunesse qui passaient auparavant dans l'oubli - puisse dorénavant nous hanter et faire du tort à nous, à nos proches et aux causes auxquelles nous nous associons.

Au-delà du phénomène très récent de l'émergence des médias sociaux, il faut aussi détecter un laxisme évident dans le processus d'approbation des candidats aux postes électoraux. Plusieurs des faits, paroles ou images répréhensibles étaient là, à la portée de tous ceux qui feraient une recherche plus que superficielle. Les partis politiques ne font de toute évidence pas un travail sérieux dans ce domaine. Et un jour, bientôt, tous les employeurs auront à le faire; un beau dossier pour les avocats en droit du travail.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer