Opération charme

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Sous Stephen Harper, le Parti conservateur a toujours pris Ottawa et le gouvernement pour cible.

Aux yeux d'un contribuable d'ailleurs au Canada, Ottawa incarne son rapport d'impôt et ce qui est amputé sur son chèque de paie; tout ce qui lui est soutiré ne revient jamais, ou de manière si imperceptible. Les dépenses encourues par la GRC et les Forces armées sont quelques-unes que le contribuable de Flin Flon, de Bouctouche et de Wawa peuvent voir mais il y a tous ces autres milliards qui semblent dépensés en pure perte, à produire des rapports que personne ne lira, ou à imaginer des règlements qui ne serviront qu'à mettre un peu plus les bâtons dans les roues des travailleurs honnêtes qui peinent à joindre les deux bouts.

La base électorale des conservateurs dans l'ouest et dans les milieux ruraux applaudissent à tout rompre lorsque M. Harper veut couper dans le gras à Ottawa.

Mais maintenant que les conservateurs se retrouvent au coeur d'une lutte à finir pour obtenir un quatrième mandat depuis 2006, il n'est pas question d'échapper aucune circonscription. Incluant celles d'Ottawa que son parti détenait et qui risquent de leur filer entre les doigts: Ottawa-Orléans, Glengarry-Prescott-Russell, Ottawa-Ouest-Nepean, Kanata-Carleton et Nepean. Il y a beaucoup de fonctionnaires fédéraux qui habitent ces circonscriptions. Chaque vote compte et le Parti conservateur a voulu leur tendre la main. Le premier ministre leur a écrit une lettre que son principal lieutenant à Ottawa, Pierre Poilièvre, a dévoilée en conférence de presse, jeudi. 

M. Harper y sort son violon et joue des airs pour charmer. Il qualifie la fonction publique canadienne de «classe mondiale» qui a «bien servi les Canadiens». Il évite de faire référence aux coupures majeures qu'il a imposées à la fonction publique, et le climat d'incertitude que son gouvernement y a créé pendant plus de deux ans pendant que les patrons décidaient qui allait rester, qui allait partir.

Mais il ne pouvait passer sous silence la difficile réforme du régime d'assurance-santé qu'il veut imposer aux fonctionnaires, après leur avoir subtilisé par voie législative le droit de négocier.

Pour M. Harper, ce discours équivaut à de «la désinformation» que les syndicats exercent pour «des raisons partisanes».

Mais peut-on reprocher aux dirigeants syndicaux de passer le mot à leurs membres que le gouvernement en place essaie de rogner sur leurs acquis? C'est ce que M. Harper tente de faire. Si les fonctionnaires sont travailleurs et de «classe mondiale», les méchants syndicats veulent perpétuer un régime de congés de maladie qui «n'offre pas de protection adéquate à certains fonctionnaires». 

Pour améliorer le sort de quelques-uns, le gouvernement Harper est disposé à mettre à la poubelle l'héritage de décennies de négociations collectives. 

Voilà qui est proprement répréhensible. Il faut se rappeler aussi que c'est ce gouvernement qui, invoquant une économie canadienne qui doit être protégée contre tout, n'a pas hésité à imposer des lois spéciales (ou la menace) pour forcer le retour au travail chez Postes Canada, Air Canada et les chemins de fer Canadien Pacifique. 

Oui, les travailleurs de l'État ont un régime choyé par rapport à la majorité des travailleurs canadiens. La population a une capacité limitée de payer. Mais on ne bulldoze pas en relations de travail, on négocie. Il serait triste que l'opération charme des conservateurs efface la mémoire des fonctionnaires quant à la manière que les conservateurs considèrent les droits des travailleurs.

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