La leçon canadiennne

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Lointaines comme sont les perspectives d'un référendum gagnant au Québec, on comprend que les souverainistes cherchent du réconfort où ils le peuvent.

Ils célèbrent donc depuis dimanche la victoire du mouvement indépendantiste de la Catalogne.

Cela leur fait un peu oublier la défaite des sécessionnistes de l'Écosse, le printemps dernier.

Pourtant, il y a loin de la coupe aux lèvres pour les Catalans. Leur victoire est bien mitigée. Ce n'est pas gagné malgré leur capture d'une majorité des sièges au Parlement. Le mouvement dirigé par Artur Mas n'a pas pu dégager une majorité du vote populaire : 47,8 %, c'est encore loin du 50 % plus 1.

Bon, oui, ce vote a bien pris des airs d'élection référendaire mais il est très osé pour M. Mas de prédire que sa coalition « Junts pel Si » (« Ensemble pour le oui ») proclamera l'indépendance de la Catalogne dans 18 mois.

(Et ça, c'est si tout le monde s'entendait sur ce seuil de 50 % plus 1 comme acceptable pour rompre un pays. Au Canada, la Loi fédérale sur la clarté n'a pas éclairci grand chose malgré son nom et les prétentions fédéralistes. Rappelons que la Cour suprême a dit que le Québec avait droit de faire sécession mais que la question devait être « claire » et l'approbation du peuple devait l'être tout autant - sans jamais qualifier ce qu'était la clarté, ni le seuil minimal précis à atteindre.)

La Loi sur la clarté a été la réponse fédérale au référendum de 1995 qui est venu à un cheveu de passer (49,4 % en faveur).

En Espagne, le débat n'est pas aussi « civilisé »... si le Québec-Canada peut se vanter de cela. Le président espagnol Mariano Rajoy a répété ses attaques virulentes à l'endroit du mouvement indépendantiste catalan. Pas question de négociation, pas question de reconnaître un vote sur l'indépendance : de toute façon, soutient-il, la constitution l'interdit. Le seul vote sur l'indépendance qui puisse tenir la route, martèle-t-il, serait celui de l'Espagne toute entière.

Pourtant, la voie idéale est celle de la négociation. Elle seule pourra s'attaquer aux raisons profondes de l'insatisfaction des Catalans envers le gouvernement central. Au-delà des questions linguistiques, leurs doléances sont principalement économiques. La Catalogne, moteur économique de l'Espagne, est insatisfaite à l'idée de payer plus qu'elle considère sa juste part.

Les querelles financières se règlent plus facilement que celles sur l'identité. M. Rajoy devrait agir en chef d'État et tendre l'oreille aux Catalans. Son attitude fermée ne fait que braquer ses vis-à-vis encore davantage. Il vaut mieux négocier la rétrocession de certains pouvoirs, par exemple pour des périodes d'essai de trois, cinq ou 10 ans, que plonger le pays dans une crise constitutionnelle que les Canadiens connaissent trop bien. Les aspirations d'indépendance ne disparaissent pas facilement, le Québec cherche une nouvelle relation depuis 40 ou 50 ans avec le Canada et si l'option souverainiste traverse un creux, cette quête se dessine toujours en filigrane de la relation entre les deux gouvernements.

Le Canada a fait l'erreur de sous-estimer la fibre souverainiste du Québec. Les gouvernements du Parti québécois n'ont pas joué franc jeu avec des questions alambiquées. Il faut souhaiter que l'Espagne et la Catalogne apprennent de ces faux-pas dans l'espoir de sauver ce qui peut être sauvé dans cette relation difficile entre ces deux états.

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