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Y a-t-il un lien entre Volkswagen, le scandale... (Jens Meyer, Archives Associated Press)

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Y a-t-il un lien entre Volkswagen, le scandale de la viande contaminée et celui des médias aux moyens affaiblis? Il y a lieu d'y réfléchir.

Jens Meyer, Archives Associated Press

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La taille du scandale informatique qui ébranle le géant Volkswagen est renversante. Pendant au moins sept ans, un ou des cerveaux à l'intérieur du géant allemand ont pu frauder 11 millions de véhicules distribués à travers le monde, dont 25 000 au Canada.

Ils ont pu agir dans un long climat d'impunité dont le chef de la direction Martin Winterkorn a juré n'avoir aucune connaissance mais pour lequel il a justement payé le prix avec l'annonce, mercredi, qu'il quittera son poste. Car peu importe qu'il ait su ou non, il en porte la responsabilité, ce qu'il a rapidement reconnu. De toute façon, l'ombre du doute aurait plané sur sa personne s'il s'était entêté à dire qu'il aurait pu «faire partie de la solution», comme nous l'entendons trop souvent. Il ne pouvait demeurer en poste.

La finesse de la fraude a de quoi étonner. Dans un élan d'imagination qui laisse le quidam pantois, un logiciel espion pouvait déterminer le moment où un véhicule passait un test d'émissions polluantes... et fausser les résultats. Que quelqu'un, ou une équipe d'experts, ait pu concevoir une telle ruse et l'installer à l'insu d'à peu près tout le monde est proprement bouleversant. Nous frissonnons à l'idée que d'autres, ailleurs et dans d'autres produits, puissent également manipuler des biens d'utilisation courante avec une telle finesse et dans un tel obscurantisme.

Nous ne soupçonnons pas non plus encore toute l'ampleur des dommages à court et long terme que la marque subira. Immédiatement, les ventes des modèles diesel ont été suspendues: nul doute que les consommateurs seront plus inquisiteurs chez les concessionnaires, tant chez Volkswagen que chez les autres constructeurs. Déjà, on a vu les vendeurs de Volkswagen adopter des stratégies de contrôle de dommage en soulignant que cette fraude n'avait aucun impact sur la sécurité de leurs véhicules... contrairement aux nombreux rappels dont font l'objet leurs compétiteurs. Au Canada, des recours collectifs sont déjà annoncés. Le gouvernement fait enquête. Tout cela coûtera cher à Volkswagen, mais pas tant que les parts de marché qui lui glisseront entre les doigts pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. La confiance est une qualité fragile qui met du temps à bâtir, et vite entachée.

Il y a aussi la manière par laquelle cette machination machiavélique a pu être révélée. C'est par le travail d'une petite organisation non-gouvernementale (ONG) américaine que le pot aux roses a été découvert: l'International Council on Clean Transportation. Les grands médias d'information ont longtemps été ceux par qui les scandales s'ébruitaient, notamment grâce au travail d'équipes de journalisme d'enquête. Dans ce cas, c'est plutôt l'expertise et les contacts industriels de l'ICCT qui lui ont permis de découvrir ce qui était dissimulé aux yeux de tous sauf ceux les plus doués. L'ICCT a aussi démontré qu'elle pouvait se substituer au quatrième pouvoir que représentent les médias libres; une fois le complot révélé sur les médias sociaux, les médias traditionnels n'ont plus servi que comme un porte-voix pour faire résonner la nouvelle aux quatre coins du globe.

La dénonciation du scandale Volkswagen illustre que «les ONG sont devenues un acteur incontournable» pour ce faire, soutenait l'un d'eux à l'Agence France-Presse. Elle démontre du même coup la faiblesse des autres contre-pouvoirs, dont ceux de surveillance de l'industrie au sein des gouvernements.

Y a-t-il un lien entre Volkswagen, le scandale de la viande contaminée et celui des médias aux moyens affaiblis? Il y a lieu d'y réfléchir.

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