F-35: Trudeau fait un pari calculé

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Étourderie estudiantine, coup de génie ou calcul politique que l'annonce de Justin Trudeau de ranger au placard le dossier des avions de chasse F-35 ?

Certainement pas une étourderie : le propos du chef libéral n'est pas sorti fortuitement, au hasard d'une conversation à bâtons rompus, comme une idée irréfléchie.

Pour le coup de génie, le verdict de la population canadienne, le jour de l'élection du 19 octobre, nous en dira davantage.

Pour le moment, parlons d'un calcul politique qui s'inscrit dans le même registre que l'engagement libéral de déposer trois budgets déficitaires pour financer un programme d'infrastructures national. Les intentions de Justin Trudeau quant aux F-35, tout comme sur l'équilibre budgétaire, sont certes audacieuses, même risquées.

À tout le moins, cela permet au Parti libéral de se différencier de ses adversaires, ce qui n'est jamais une mauvaise idée. Pourquoi voter pour un candidat qui tient le même discours que les autres ? M. Trudeau a le mérite d'essayer quelque chose de différent.

Et sur le dossier des chasseurs F-35, ce n'est pas aussi lunatique que le premier ministre Stephen Harper ne tente de faire croire.

L'une des preuves est que son propre gouvernement virevolte de remise en hésitations, de report en délais avec l'idée de signer pour de bon la promesse d'achat de 65 avions de chasse pour un coût qui, peu importe sa taille, effrayera les Canadiens. Le premier estimé se chiffrait à 9 milliards $ ; les derniers, à hauteur de 44 milliards $ sur quatre décennies.

La position libérale permet à M. Harper de dénigrer davantage son adversaire en martelant le fait qu'il n'est pas prêt à assumer l'immense responsabilité de diriger le pays. Mais si les F-35 sont irrésistibles, pourquoi le gouvernement conservateur n'est-il pas allé de l'avant ?

Parce que le F-35 n'est pas encore au point après plus d'une décennie de développement. Le coût de chaque avion de chasse est passé de 50 à 85 millions $ pièce et la mise en service est remise d'année en année. Entre-temps, le fédéral étire la vie utile des vieux F-18 mis en service entre 1982 et 1988.

Les Canadiens veulent bien que nos Forces armées soient bien équipées mais frissonnent lorsqu'arrive la facture. Le gouvernement qui signera le contrat officiel d'achat subira les foudres d'une part de l'électorat ; c'est peut-être une des raisons de la valse-hésitation des conservateurs, déjà affectés par un rapport accablant du Bureau du vérificateur général, en décembre 2012, sur leur gestion de ce plus important achat militaire dans l'histoire du pays.

L'aventure des F-35 du fabricant Lockheed Martin résultait pourtant d'une idée novatrice à l'époque. On promettait de révolutionner l'approvisionnement de fournitures militaires : plusieurs pays alliés se liguaient avec le secteur privé pour partager proportionnellement la facture de développement et de mise en service d'un appareil dernier cri dont ils partageraient les avancées technologiques. Une dizaine de pays ont souscrit à l'aventure, dont le Canada.

Aujourd'hui, il s'en trouve plusieurs qui doutent ou regrettent cette piste. Il existe d'autres appareils dans le marché. Peut-être pas le dernier cri, mais le Canada en a-t-il besoin ? Les libéraux disent qu'il faut reprendre le processus du début, et le NPD tente de se démarquer.

Étourderie d'un chef immature ? Loin de là. Une bonne idée ? Le verdict reste à faire.

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