Un outil dangereux

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Le récent retour de Jean Chrétien dans l'espace public devait servir à aider Justin Trudeau, son successeur à la tête du Parti libéral (et aussi, quelques candidats comme Mauril Bélanger, dans Ottawa-Vanier).

Il y a un autre objectif, et il concerne la défense de la Loi sur la clarté référendaire, une triste initiative d'intrusion du fédéral dans les affaires du Québec.

Le gouvernement libéral de l'époque de M. Chrétien estimait - et ses fidèles estiment encore - que cette législation, appuyée sur un renvoi de la Cour suprême du Canada, a calmé les ardeurs indépendantistes du Québec. S'ils y ont fait référence ces jours derniers, c'est que les libéraux croient que cela peut nuire au Nouveau Parti démocratique. Le NPD, sous Jack Layton et aujourd'hui sous Thomas Mulcair, a finalement émergé comme une option sérieuse pour former le gouvernement. Les Canadiens en jugeront le 19 octobre.

Le fossé idéologique entre libéraux et conservateurs est clair et net. Mais bien des électeurs ont de la difficulté à apprécier la différence entre néo-démocrates et libéraux. Ces partis ont défendu des idées parfois similaires. Les discussions de coulisse quant à une possible coalition NPD-PLC pour ravir le pouvoir aux conservateurs nourrit aussi cette confusion.

La Loi sur la clarté référendaire offre justement aux libéraux un outil pour se différencier de leurs adversaires. Mais cet outil est à double-tranchant. Il a une fonction au Québec, et une autre au Canada anglais.

Le NPD a adopté en 2006 sa Déclaration de Sherbrooke qui endosse les principes d'un Canada asymétrique et le respect d'un résultat référendaire à majorité simple, c'est-à-dire à 50 % plus un.

La Cour suprême avait plutôt laissé entendre qu'il faudrait davantage, sans jamais définir un seuil numérique acceptable. Et elle a statué qu'un référendum sur l'indépendance du Québec n'aurait de valeur que s'il reposait sur une question claire.

La Loi sur la clarté référendaire qui en découle a repris ces deux éléments. Au Québec, le tollé a été immédiat. Il n'était pas question de laisser à d'autres qu'à des Québécois l'autorité de décider d'une éventuelle question référendaire. Ni à imposer un pourcentage d'approbation au-delà de celui que le Québec se fixerait. Une motion en ce sens a été adoptée à l'unanimité à l'Assemblée nationale, indépendantistes et fédéralistes se dressant ensemble contre l'intrusion du fédéral dans le principe de l'autodétermination du Québec.

Depuis, les fédéralistes purs et durs ont adopté le 50 % plus un comme symbole d'une mollesse à l'endroit de l'indépendance du Québec. M. Mulcair s'est encore fait questionner à ce sujet, ce qui galvanise une partie de l'électorat contre lui; il serait ainsi un mauvais défenseur de l'unité canadienne.

Tout cela est de la foutaise. Aujourd'hui comme alors, le Québec a tous les droits de définir son avenir et les conditions pour un maintien ou un bris de ses liens avec le Canada. La démocratie québécoise est assez mature pour prendre ses propres décisions. Il est carrément inacceptable que ce soit le reste du Canada, le Parlement canadien ou la Cour suprême - tous à très forte majorité anglophone -  qui dicte les conditions de l'autodétermination du Québec.

Encore aujourd'hui, la question divise. Le Parti libéral s'en sert à ses propres fins. Mais les Québécois ont parfois été ambivalents sur leur avenir collectif. Agiter l'épouvantail référendaire peut aider les libéraux au Canada mais tout autant leur coûter au Québec. Surtout avec un chef qui porte le nom de Trudeau.

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