Promesse racoleuse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le Nouveau Parti démocratique promet d'abolir le Sénat s'il est élu. Soit. Mais le chef Thomas Mulcair joue cette carte de façon racoleuse et les Canadiens ne devraient pas le croire sur parole. Il demeure bien trop vague sur les moyens qu'il prendra pour réaliser cet engagement.

Peu auraient cru qu'en 2015, le Sénat retiendrait tant l'attention des électeurs. Mais cette année, la situation est différente.

Sous Stephen Harper, le Sénat a encore davantage été réduit à un rôle d'approbation des lois parfois bancales de la Chambre des communes. Nous sommes loin d'une chambre de réflexion sobre. Avec justesse, les contribuables canadiens se demandent donc à quoi servent les 100 millions $ que leur coûte cette institution.

De surcroît, plusieurs sénateurs ont été épinglés pour avoir profité des règles laxistes et imprécises quant au lieu de résidence et sur l'admissibilité de certaines dépenses pour activités partisanes. Le sénateur Mike Duffy fait ainsi face à la justice pour fraude, et ses collègues Pamela Wallin et Patrick Brazeau sont dans l'eau chaude.

Pendant 10 ans, le Parti conservateur a promis de réformer le Sénat, une idée importée du Reform Party qui l'a précédé. Il a échoué.

Le premier ministre Stephen Harper s'est pris à l'envers et il se retrouve avec un gros zéro avec cette promesse. Il semble avoir baissé les bras. Voilà qui est triste et regrettable car l'institution du Sénat a bel et bien besoin d'une bonne dose de réforme. Mais la marche à suivre est rigoureuse et complexe et M. Harper a appris à la dure qu'il ne suffit pas de coups de gueule pour faire ce que l'on veut avec la démocratie canadienne.

L'ambition de M. Mulcair et du NPD est tout aussi légitime. Il serait cependant dommage qu'il soit lui aussi élu sur une fausse promesse de réforme du Sénat.

D'abord, si le NPD est élu, il n'arrivera rien avec le Sénat le lendemain de l'élection. M. Mulcair sera même coincé avec l'obligation constitutionnelle de faire approuver ses projets de loi par le Sénat, un Sénat peuplé d'une majorité de conservateurs et de libéraux. Il compte sur leur bonne foi pour le faire, précisant au passage qu'il n'en nommerait pas.

Ça ne sera pas facile mais ça peut fonctionner.

Quant à l'abolition pure et simple du Sénat, elle requiert l'approbation unanime des provinces, une exigence très difficile à atteindre. Mais au moins Thomas Mulcair s'engage à essayer.

Stephen Harper s'est toujours refusé à négocier avec les provinces, croyant que ses coups de force fonctionneraient. Il s'y est pris en dictateur amateur. Ses gestes disaient : j'ai été élu, je peux !

Hé bien non.

Heureusement la Cour suprême lui a rappelé les règles constitutionnelles. Impossible d'imposer que les provinces élisent des sénateurs au suffrage universel. (Une autre forme de processus électoral aurait pu fonctionner mais M. Harper a joué à tout ou rien, et il a perdu.)

Il n'a pas pu non plus limiter la durée des mandats des sénateurs à neuf ans, plutôt qu'à vie.

De tous les côtés de la gouvernance canadienne, il faudra démontrer d'exceptionnels talents de négociateur et mettre beaucoup d'eau dans le vin pour rebâtir un échafaudage démocratique fédéral avec les provinces. Thomas Mulcair est prêt à s'essayer. Bien. Mais il ne faut pas croire aveuglément son chant des sirènes.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer