L'Outaouais écopera

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Le ministre des Finances a annoncé qu'il baissera les impôts de tous les Québécois, et augmentera d'autant la taxe de vente (TVQ) et plusieurs autres frais sur l'alcool, l'essence, etc. L'opération se fera sur quelques années. Carlos Leitao donne ainsi suite aux principales recommandations de la commission Godbout sur la fiscalité, qui a remis son rapport en mars dernier.

LeDroit craignait alors une mise en oeuvre à la pièce qui, sous des airs de réforme fiscale, finirait par coûter plus cher aux Québécois. Nous souhaitions donc de confier l'examen des recommandations à une commission parlementaire qui permettrait à la population de mieux en saisir tous les enjeux.

Québec annonce donc son intention d'aller de l'avant.

L'exemple de l'Outaouais illustre bien la prudence dont l'État doit faire preuve avant de mettre en place de telles réformes. Sa situation géographique soulève des problématiques uniques qui, à moyen terme, viendront heurter la santé économique régionale.

La population outaouaise appréciera une baisse des impôts, sans doute comme tous les autres Québécois. Mais la proximité de l'Ontario voisine provoquera des fuites commerciales qui affaibliront l'Outaouais et sa base économique. Une augmentation de la TVQ n'aura qu'un effet négligeable sur les marchands de biens durables de Québec ou de la Côte-Nord, par exemple. Mais à Gatineau et dans les environs, il est facile de prédire que les gens sauteront sur la perspective d'économiser quelques dizaines de dollars sur l'achat d'un meuble - ou quelques centaines sur l'achat d'un véhicule - en se le procurant en Ontario. Cela se constatera aussi pour des biens aussi simples que des cigarettes, s'il est possible d'économiser 25 ou 50 cents sur un paquet en l'achetant au centre-ville d'Ottawa au lieu du centre-ville de Gatineau.

Cela sera vrai aussi pour Grenville et Hawkesbury, et peut-être aussi pour Fort-Coulonge et Pembroke, d'autres municipalités à cheval sur la rivière des Outaouais.

Rapidement, des commerçants de l'Outaouais se plaindront d'une importante baisse des ventes conséquente à la hausse de la TVQ, dont LeDroit se fera l'écho. Ces revenus coulés vers l'Ontario signifient à leur tour moins de sous envoyés vers la Vieille Capitale, moins d'emplois pour des travailleurs du Québec. À plus long terme, tout cet exercice fiscal qui doit se faire à coût nul ne le sera pas en Outaouais. Car la région perdra un peu plus de la main droite que ce qu'elle gagne de la main gauche en raison de ces fuites commerciales.

L'Outaouais a-t-elle les moyens d'être encore plus mal en point? Peut-elle voir son système de santé s'éroder un peu plus encore? Est-il souhaitable d'augmenter encore davantage sa dépendance à l'emploi au gouvernement fédéral?

Les choses ne doivent pas obligatoirement se passer ainsi. Il existe des correctifs à mettre en place pour mitiger l'effet délétère d'une hausse des tarifs et des taxes. L'Outaouais en profite déjà au plan de l'essence; il faudra élargir ce mécanisme pour d'autres produits, peut-être les pondérer au-delà d'une certaine distance.

Il y a un risque que Québec mette en place ce nouveau régime fiscal sans en prévoir les contrecoups. C'est pourquoi la voie d'une commission parlementaire aurait pu les mettre en lumière. En se terrant dans un mode réactionnel, plutôt qu'en mode préventif, Québec pourrait bien se trouver devant une région outaouaise encore en train de se plaindre d'un traitement inégal. Ce serait dommage. Ne dit-on pas: vaut mieux prévenir que guérir? Il est encore temps.

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