Spéculations sur la récession

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Statistique Canada est formel : au cours des deux trimestres se terminant en juin dernier, il y a eu recul de l'activité économique. Cette contraction du produit intérieur brut, de l'ordre de 0,5 %, répond au critère formel d'une récession.

À partir de là, tout le reste n'est que spéculation, analyse, ou entourloupette politique pour nous encourager à voter d'un bord ou de l'autre.

« Toutes les mesures objectives prouvent que le plan de Stephen Harper est un échec », a conclu le néo-démocrate Thomas Mulcair.

Le libéral Justin Trudeau a lancé que « Stephen Harper est complètement déconnecté de la réalité des Canadiens ».

Elizabeth May, la leader du Parti vert, a reproché au gouvernement Harper d'avoir mis « tous ses oeufs dans le panier des sables bitumineux ». « En période de récession, ce n'est pas le temps d'accentuer les causes qui vont faire que l'économie va péricliter encore plus », a pour sa part lancé Gilles Duceppe, du Bloc québécois.

Évidemment, le premier ministre sortant avait une tout autre interprétation des faits. Plutôt que déprimer devant des statistiques inattaquables, M. Harper a plutôt conclu que « l'économie canadienne dans son ensemble est en croissance ».

Comment a-t-il pu voir la vie en rose alors que tous ses adversaires broient du noir ? Parce que s'ils considèrent les six premiers mois de 2015, lui, il se concentre sur les seuls chiffres du moins de juin. Qui indiquent une légère remontée, en effet.

Ce jovialisme du premier ministre est particulièrement ironique puisqu'il y a quelques jours à peine, les conservateurs diminuaient l'importance de ces statistiques. Six mois, entendait-on, était trop court pour se faire une réelle opinion de l'économie canadienne.

Maintenant qu'elles pourraient illustrer une lueur d'espoir, les données de Statistique Canada représentent « de bonnes nouvelles ».

M. Harper peut continuer de prôner que la dernière chose à faire est de changer de cap et qu'il faut maintenir la main stable de l'équipe conservatrice pour garder le pays dans le chemin de la prospérité.

Toute cette spéculation partisane vaut ce qu'elle vaut.

Des glissements d'un côté ou de l'autre de la stagnation économique, 0,5 % d'un côté ou de l'autre sur six mois, ne représente pas une calamité. Il aurait fallu deux, trois fois plus pour que l'opinion des économistes soit plus tranchée.

Entre-temps, les Canadiens savent bien, eux, que la situation n'est pas rose. C'est un peu moins visible à la frontière de la rivière des Outaouais : la stabilité de l'emploi au gouvernement fédéral dope les résultats vers le positif et camoufle le vrai portrait de l'économie canadienne. Le secteur manufacturier est en baisse, et celui des ressources (dont le pétrole), en « repli notable », selon l'expression de Statistique Canada. La construction domiciliaire n'est pas rose.

Par contre, les dépenses de consommation des ménages ont continué d'augmenter, malgré ce que soutiennent bien des commerçants, à Ottawa et ailleurs. Le secteur public se maintient, tout comme les exportations, sans doute en raison de la vigueur de l'économie américaine.

D'autres statistiques économiques seront publiées à quelques jours du vote, celles du troisième trimestre de 2015. Peut-être seront-elles déterminantes. Peut-être pas. L'avenir le dira. D'ici là, l'appétit des Canadiens pour du changement sera perceptible. Ils auront choisi un quatrième mandat pour les conservateurs de Stephen Harper, le plan d'infrastructures des libéraux ou celui plus social du NPD - devrait être bien perceptible. Et la campagne pourrait bien être jouée à ce moment-là.

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