Un conflit invivable

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Compte tenu de la menace qu'Uber fait peser sur l'industrie du taxi, la dernière chose que les chauffeurs devraient vivre, c'est un conflit de travail avec leurs patrons. Voilà pourtant ce qui se passe à Ottawa.

Les chauffeurs de taxi ne roulent pas sur l'or. Au contraire, ils ont toute la misère du monde à joindre les deux bouts. Leur principale alternative est de travailler encore plus d'heures dans l'espoir de faire un peu plus de sous. Ils n'ont pas grand choix depuis que le service de covoiturage Uber est entré illégalement dans le marché.

L'« employeur » des chauffeurs s'appelle Coventry Connections. La société possède les deux plus grandes bannières à Ottawa, Blue Line et Capital. Elle domine donc le marché du taxi et a depuis toujours le gros bout du bâton. En plus, les employeurs ontariens ont déjà l'avantage (pour eux) de ne pas avoir de loi anti-briseurs de grève dans les pattes comme au Québec. Coventry n'a pas dû hésiter longtemps avant de mettre en lock-out ses chauffeurs de taxis Capital récalcitrants.

C'était le pire moment pour négocier une convention collective et les chauffeurs de Capital se font manger la laine sur le dos. Leurs collègues de Blue Line, qui ont conclu leur convention le mois passé, ramassent tous les contrats.

L'issue de ce conflit invivable est écrite dans le ciel.

Les chauffeurs accepteront ce qui est devant eux. Ce qui n'est pas beaucoup, pas assez même.

C'est un peu le même cas pour les chauffeurs qui ont un contrat d'exclusivité avec l'aéroport d'Ottawa. Eux aussi sont sortis dans la rue, protestant contre une hausse de la redevance qu'ils doivent payer à Coventry et à l'aéroport pour conserver leur exclusivité. Une question de 5 $ par course, mais quand on peine à soutirer un salaire décent, 5 $ par voyage fait une grosse différence.

L'industrie du taxi est malade. Encore plus qu'avant. Au lieu de se quereller pour des vétilles avec ses chauffeurs, Coventry devrait réaliser que sa survie à moyen terme est aussi en jeu.

Le service à bord est à peine acceptable. Les temps d'attente sont souvent trop longs. Trop peu de chauffeurs parlent les deux langues officielles du pays. Les courses coûtent cher.

Pas étonnant qu'Uber leur entre dans le corps. Ajoutez à cela les chasses gardées. La barrière invisible qui interdit aux taxis de Gatineau de prendre des clients à Ottawa, et vice versa. L'exclusivité des taxis à l'aéroport qui vous interdit d'embarquer dans une auto qui vient de déposer un client. Tous ces kilomètres parcourus et ces gaz à effet de serre gaspillés pour protéger une industrie fragilisée qui gagnerait à être régionalisée.

Trop dur de s'entendre entre deux régions de provinces différentes? Persister à ne pas chercher de solutions ne fera que creuser le fossé encore davantage. L'industrie de la construction a trouvé un terrain d'entente. Pourquoi pas les taxis?

Pendant ce temps, la Ville d'Ottawa a un rôle à jouer. Elle peut utiliser son pouvoir de réglementation pour résister aux assauts d'une société Uber, américaine, qui en fait fi. Il n'est pas vrai que la Ville laissera ce service essentiel tué par un outil technologique qui permet de réduire les tarifs en rognant sur des éléments intangibles de l'industrie, les frais d'assurance notamment.

Bref, sous l'oeil de la Ville d'Ottawa, Coventry et les chauffeurs doivent s'entendre au plus vite pour étudier de vrais moyens de réformer cette industrie au service de tous.

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