Pas mauvais, un déficit

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La nature a horreur du vide. Les campagnes électorales aussi.

Aussitôt le procès du sénateur Mike Duffy rangé dans les cartons jusqu'en novembre, la campagne fédérale devait se trouver un autre sujet. L'économie est venue à la rescousse. Hier, le libéral Justin Trudeau a monopolisé l'attention en annonçant son ouverture à déposer trois déficits «modestes» - moins de 10 milliards$ par an - pour financer un programme d'infrastructure de 125 milliards$ sur 10 ans. Il promet aussi de rééquilibrer le budget d'ici 2019.

Il a aussitôt été la cible de railleries de la part de Stephen Harper.

Pourtant, le premier ministre devrait faire attention à ses blagues. Elles ne font rire que ses supporters aveuglés par neuf années de slogans idéologiques à l'effet qu'il faut toujours baisser les impôts et les taxes, et qu'ils sont les meilleurs gestionnaires des finances publiques. Parce que les deux ne sont pas vrai.

Sous M. Harper, le gouvernement conservateur a déposé sept budgets déficitaires d'affilée. Et celui de 2015 devrait finir dans le rouge parce qu'il est basé sur une prémisse qui s'est soldée fausse, le prix d'un baril de pétrole à 54$. Il vient de chuter à moins de 40$.

Évidemment, comme le soutient M. Harper lui-même, il y a des raisons bien précises pour lesquelles il a accepté de déposer des budgets d'encre rouge. En 2009, il fallait lutter contre la crise financière de 2008. Lorsque les pays du G8 se sont ligués pour lui dire que des mesures d'austérité ne réussiraient pas seules à redémarrer l'économie mondiale, M. Harper s'est finalement rallié. Il avait raison de créer un programme d'infrastructures de 30 milliards$ - plus de la moitié du déficit de 55 milliards$ que son gouvernement a fini par déposer.

De fait, les raisons qui justifient un budget négatif méritent d'être également débattues en 2015. L'économie mondiale est perturbée par la dévaluation de la monnaie en Chine, ce qui a provoqué des perturbations boursières partout dans le monde. Peut-être n'est-ce que passager, l'avenir le dira. Il y a aussi la chute du prix du pétrole qui crée des sursauts majeurs dans une économie canadienne qui est de plus en plus basée sur cette ressource, et de moins en moins sur les capacités industrielles de l'Ontario et du Québec. Aujourd'hui, le pays est au bord de la récession.

Il vaut donc la peine de réfléchir à l'utilité des déficits gouvernementaux. La transparence de M. Trudeau, qui pourrait lui coûter des votes, doit quand même être applaudie.

Thomas Mulcair a été le plus étonnant, compte tenu de l'histoire du NPD: pas question de déposer un budget déficitaire en 2016. Son intention est évidemment de rassurer les électeurs qui songent voter néo-démocrate, mais qui craignent sa gestion financière. En Ontario, particulièrement, Là, le souvenir du gouvernement NPD de Bob Rae, entre 1990 et 1995 - même s'il date de plus de 20 ans - a marqué les esprits avec ses énormes déficits utilisés pour redémarrer une économie hésitante, à l'époque.

La course incessante vers les baisses d'impôt mène à un étranglement des pouvoirs de l'État. Elle ne doit pas devenir un dogme, pas plus que la lutte aux déficits des gouvernements.

Du même coup, il ne faut pas que le Canada revive les déficits structurels qui ont handicapé trois décennies de son histoire récente. Entre les deux, il y a une grande marge de manoeuvre dans laquelle les trois grands partis peuvent faire leur lit.

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