Les épouvantails

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Les élus de La Nation ont tourné le dos à deux projets d'éoliennes qui étaient envisagées sur des terres agricoles de Saint-Isidore et Saint-Bernardin. Ils ont renversé un premier vote positif après une mobilisation hors du commun qui a vu des centaines de personnes participer à des réunions publiques d'information au beau milieu de l'été.

Les politiciens locaux ne sont pas à blâmer ; ils doivent porter attention aux intérêts de leurs commettants. Le mouvement de contestation, baptisé Sauvons La Nation, a été structuré et efficace, bien qu'un peu machiavélique. Comme si la municipalité était en réel péril ! Ce n'est pourtant pas le cas.

Ce qui est vraiment en péril, c'est le réseau énergétique de l'Ontario. Et ce portrait n'a que très peu été abordé durant ce débat public, une contribution qui aurait normalement échu sur les épaules du député libéral Grant Crack, puisque le plan a été concocté par son gouvernement.

Car il y a une réelle crise de l'énergie en Ontario. Le gouvernement de Dalton McGuinty a sagement pris la décision de mettre au rancart les centrales au charbon parce qu'elles sont trop polluantes. L'Ontario cherche encore des manières pour remplacer cette ressource. Présentement, l'énergie éolienne est sous-exploitée, abordable et (modérément) efficace.

Les seules autres alternatives sont la construction d'onéreuses centrales nucléaires, l'achat d'électricité sur les marchés extérieurs et la réduction de la demande en énergie électrique. La première alternative prend des années avant d'être mise en place et pose plus de risques de sécurité que l'éolien. La seconde rend l'Ontario dépendant des marchés d'importation, dont celui du Québec, ce qui ne peut être une stratégie d'avenir à long terme. La troisième, la plus souhaitable, n'apparaît pas encore sur le radar des Ontariens : ils ne veulent pas réduire leur consommation, ou pas suffisamment pour compenser la croissance démographique et économique de la province.

Faute d'autre piste de solution, le gouvernement de Kathleen Wynne a raison de pousser la filière éolienne.

Évidemment, l'Ontario doit consulter les communautés d'accueil, et présenter un dossier étoffé. De toute évidence, il a failli à sa tâche car la campagne de peur a fonctionné dans La Nation. Il n'est pas vrai, comme le soutenait Julie Leroux, du comité Sauvons La Nation, que « dans le dossier des éoliennes industrielles, la démocratie n'existe plus ». Au contraire, le renversement du vote des élus municipaux a justement démontré que la démocratie fonctionnait. Même si la démocratie mène parfois vers des culs-de-sac tortueux. La province a des pouvoirs supérieurs à celui des citoyens et des communautés locales, comme l'accès aux ressources minières du sous-sol, par exemple. Mais ces pouvoirs doivent s'exercer avec tact, en consultation avec les élus locaux et la communauté.

Saint-Isidore et Saint-Bernardin n'étaient peut-être par les meilleurs sites pour aménager 70 éoliennes. Le débat n'a pas porté sur cela. Il y a peut-être ailleurs en Ontario des endroits où la ressource éolienne pourrait être puisée plus loin des maisons, sur des terres moins riches d'un point de vue agricole.

Ce qui demeure, cependant, c'est que l'Est ontarien a tourné le dos à l'énergie éolienne pour les mauvaises raisons, à cause des épouvantails agités par Sauvons La Nation. Un jour, et il viendra vite, La Nation, l'Est ontarien et l'Ontario au complet devront trouver des solutions à la faim énergétique de tous et chacun. Il ne faudra pas à chaque fois partir en peur devant les épouvantails.

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