La vraie question

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Le témoin-clef au procès du sénateur Mike Duffy, Nigel Wright, a terminé son témoignage, mercredi.

Ce furent cinq journées éprouvantes qui ont permis d'apprendre avec encore plus de certitude que si le premier ministre Stephen Harper n'était pas au courant que son chef de cabinet avait versé 90000$ à M. Duffy, que plusieurs de ses employés l'étaient, eux. Et pas les moindres: Ray Novak, le successeur de M. Wright, ainsi que l'avocat Benjamin Perrin.

Ce dernier doit témoigner jeudi.

Depuis neuf ans qu'il est premier ministre, M. Harper a démontré une préoccupation maladive à tout contrôler au sein de son gouvernement. Il est donc très, très improbable qu'il n'ait pas été au courant que M. Wright ait versé les 90000$ en question au sénateur Duffy, un geste illégal pour un parlementaire.

(De fait, il demeure bizarre que seul M. Duffy soit accusé dans cette histoire, et pas l'émetteur du chèque. C'est sur cet angle d'attaque que se concentre le Nouveau Parti démocratique, en exigeant des accusations contre Nigel Wright. Les libéraux, de leur côté, exigent la démission de M. Novak, un geste qui n'aurait qu'une portée politique en embarrassant M. Harper.)

Les Canadiens ne semblent pas se formaliser de tout ce procès. Une minorité le suit, malgré ce qu'il représente: un gouvernement obsédé à camoufler des faits embarrassants, à propos d'un parlementaire trop dépensier.

Mais encore là, qui sera surpris? Ce n'est nullement nouveau. Pour les Canadiens qui travaillent fort pour gagner leur vie et payer leurs impôts, c'est plus une situation enrageante que nouvelle.

Loin de la colline parlementaire, ce théâtre juridique n'a pas la même portée. Les Canadiens savent que le pays est en campagne électorale mais n'y portent pas vraiment attention. D'abord parce que l'élection n'aura lieu que dans deux mois, le 19 octobre, et que la plupart des indécis ne s'y intéresseront que dans le dernier droit, quelques jours avant le vote.

Aussi, parce que les gens ont bien d'autres préoccupations en saison estivale. Enfin, parce que ce n'est pas vraiment une nouvelle qu'un politicien ait dit de petits mensonges pour mieux paraître.

Qui sait si ce procès Duffy aura des répercussions le jour du vote? En campagne électorale, des faits moins importants, voire anodins, un jour, prennent un élan inattendu et captent l'opinion publique.

Stephen Harper fait tout en son pouvoir pour prendre ses distances de l'affaire Duffy. Il répète ad nauseam qu'il a demandé à celui qu'il a nommé, en 2008, de rembourser les sommes injustement réclamées. Sans élaborer davantage sur les détails émanant du procès.

Ce procès camoufle entre temps les vrais enjeux sur lesquels les Canadiens devront se prononcer, en octobre.

Le tissu économique du pays, fortement ancré autour du pétrole, s'est effrité avec l'effondrement du prix de la ressource, et la base manufacturière ne réussit pas à faire contrepoids.

Le pays est au bord de la récession et le gouvernement sortant obsède à parler de sécurité nationale.

Il a tari les finances publiques du pays pour distribuer des rabais d'impôt pour gagner des votes. Est-ce là la meilleure stratégie d'avenir pour le Canada?

N'est-ce pas là une question plus cruciale pour l'ensemble de la population canadienne que de tenter d'avoir la certitude que Stephen Harper savait que son principal employé avait mal agi dans l'espoir de le protéger?

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