La menace de la gestion de l'offre

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Depuis plusieurs années, le système de la gestion de l'offre fait l'objet d'incessantes remises en question. Ces pressions se renouvellent au fur et à mesure que le Canada négocie des ententes de libre-échange avec des pays ou des régions économiques. Cela a été le cas tout récemment dans le cas des négociations du Partenariat Trans-Pacifique, qui vise l'élimination des barrières douanières entre une douzaine de pays autour de l'Océan pacifique, dont l'Australie, le Vietnam et les États-Unis.

À chaque fois, des pays remettent en question la gestion de l'offre qui contribue à réguler les prix des produits laitiers, des oeufs et de la volaille au Canada.

En place depuis plus de 40 ans, le mécanisme protège des milliers de producteurs agricoles du Québec et de l'Ontario.

Le vocable «gestion de l'offre» ne veut pas dire grand-chose aux Canadiens mais protège les producteurs des fluctuations de prix des aliments sur le marché mondial. Le mécanisme de contrôle des prix se fait par l'octroi de quotas de production - en fait, des permis de produire tant de milliers de litres de lait, d'oeufs ou de poulets par an. En retour d'un engagement de ne pas dépasser leurs quotas, les producteurs se voient garantir des prix planchers qui leur permettent de vivre honorablement.

Le Canada impose aussi des tarifs douaniers importants. Voilà justement pourquoi les pays négociateurs veulent que le Canada mette fin à ces «taxes» à l'importation. Par principe surtout, parce que c'est justement l'objectif d'une entente de libre-échange de lever ces barrières tarifaires.

Jusqu'ici, le Canada a résisté. On croyait que les conservateurs de Stephen Harper se hâteraient de démanteler un système de contrôle des prix qui va à l'encontre de leurs convictions sur le libre-marché. Les lobbies comme l'Union des producteurs agricoles sont toujours sur leurs gardes. Mais les conservateurs n'ont pas bougé plus que les libéraux, et défendent toujours publiquement la gestion de l'offre.

Il ne reste plus que les chantres de la droite comme l'Institut économique de Montréal, ou l'universitaire Sylvain Charlebois qui, dans LeDroit du 5 août dernier, souhaitait la fin du contrôle des prix du lait, des oeufs et de la volaille, «un système qui freine le développement économique de nos régions».

Le système de gestion de l'offre n'est pas parfait; aucun ne l'est.

Aux États-Unis et à peu près partout ailleurs, les gouvernements préfèrent verser des subventions aux producteurs alimentaires. Cet outil a le même objectif que la gestion de l'offre.

Certes, le coût accru des denrées protégées est refilé aux consommateurs. Cela explique que le lait, les oeufs et la volaille coûtent plus cher au Canada qu'aux États-Unis, par exemple. Cela fait réagir les Canadiens qui voient les prix bas aux États-Unis. Mais nous n'avons ni le climat ni le large marché des Américains. 

Il faut accepter que le Canada, dans certains politiques économiques, applique des mécanismes différents de ses voisins ou de ses partenaires d'affaires. Le Canada défend bien des politiques d'exclusion pour ses produits culturels; pourquoi ne pourrait-il pas faire de même pour protéger des milliers de fermiers juste pour plaire à ses voisins?

À défaut de proposer un meilleur mécanisme de protection de nos acteurs économiques, le fédéral fait bien de défendre la gestion de l'offre.

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