«Tableau-bébelle»

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L'achat de 40 000 tableaux numériques que Jean Charest avait promis de doter le Québec, en 2011, était mal avisé. Il s'agissait d'un artifice politique bien intentionné, mais non planifié. Nous ne pouvons qu'imaginer aujourd'hui, alors que la dépense de 240 millions $ est presque complétée, tout l'appui éducatif que cet argent aurait pu procurer à des milliers d'élèves et d'enseignants aux quatre coins de la province...

Quatre ans plus tard, une évaluation savante d'un centre de recherche de l'Université de Montréal, obtenue par La Presse canadienne, dresse un sévère bilan de cette initiative du premier ministre de l'époque. Les constats sont durs, mais étaient prévisibles: manque de formation des enseignants, nombreux problèmes techniques et faible interaction des élèves avec cette technologie. L'étude a consulté 6000 élèves et 400 professeurs. 

Personne au Québec ne se doutait de l'étau financier dans lequel les finances publiques se retrouveraient en 2015. Le plan de redressement financier du gouvernement libéral de Philippe Couillard est très ambitieux, trop même, sabrant dans de nombreux services aux citoyens pour économiser quelques millions par-ci, quelques millions par-là. Réaliser que le Québec a investi 240 millions $ dans une technologie prématurée et mal ficelée devrait scandaliser les contribuables, et tout particulièrement les parents d'élèves qui ont des besoins spéciaux qui feront les frais des coupures en éducation.

Le problème n'est pas entièrement dans la technologie de ces tableaux dits «intelligents», mais dans leur imposition universelle, sans consultation avec le milieu de l'éducation, et tout particulièrement les professeurs qui en ont depuis hérité. 

D'autres spécialistes en seraient venus à de semblables conclusions, mais en Ontario.

Il ne sera sans doute pas difficile de trouver des profs qui sont tombés en amour avec cette technologie qui remplace les vieux tableaux noirs centenaires. Bravo pour eux et pour leurs élèves. Mais pour des centaines d'autres enseignants, ces «TBI» auront davantage été une source de frustration parce qu'ils n'en voulaient pas particulièrement, et parce qu'ils n'avaient personne vers qui se tourner pour régler les inévitables problèmes liés à l'intégration de nouvelles technologies. Pour eux, les tableaux intelligents n'auront été, comme le prédisait notre éditorial du 24 février 2011, «qu'une bébelle que le gouvernement lance en pâture à des enseignants dont les doléances sont bien plus précises: manque d'appui en salle de classe, élèves en difficulté, problèmes de comportement, épuisement professionnel, etc. Un bel ordi tout neuf ne fera rien pour alléger ces éprouvantes conditions de travail, au contraire.»

Le constat des scientifiques de l'Université de Montréal n'est pas le premier. Dès l'élection du gouvernement de Pauline Marois, en 2012, sa ministre de l'Éducation Marie Malavoy avait fait savoir qu'elle voulait «faire le point» sur la technologie des TBI. Déjà, elle avait conclu qu'elle était devant «un programme mur à mur qui, à l'évidence, n'était peut-être pas la meilleure solution».

Mais le programme, a survécu jusqu'à ce jour. 

Même si la technologie ne démontrait pas d'effet significatif sur la réussite scolaire, le grand argument de Jean Charest  à l'époque. Une synthèse des recherches effectuée par la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation n'avait pas trouvé d'impact à ce sujet.

Devant une telle absence de preuve de bénéfices, la prudence devrait dicter au premier ministre Philippe Couillard de mettre un moratoire de quelques mois sur ces achats coûteux, question que son gouvernement fasse à son tour le point sur cette initiative irréfléchie de son prédécesseur libéral.

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