Langues officielles: 46 ans d'espoirs déçus

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Après 46 années, la Loi sur les langues officielles du Canada subi encore des accrocs frustrants. Que ce soit dans la mise en place de grandes politiques nationales - ou dans des gestes de la vie de tous les jours -, le quotidien des Canadiens qui veulent faire respecter leur langue officielle est jonché d'écueils qui mettent à bout de nerf.

Prenez par exemple ce voyageur francophone qui a été la cible d'une arrestation musclée à l'aéroport Billy-Bishop de Toronto, ironie du sort, le 1er juillet dernier... En voilà un qui n'avait certainement pas le goût à célébrer ce pays!

Les informations concernant cet événement sont parcellaires et sujettes à l'interprétation de l'une ou l'autre des parties impliquées. Il n'existerait pas de preuve vidéo de ce qui s'est passé - et même cela peut varier selon que l'on parle à la victime ou aux autorités.

Le litige aurait débuté autour d'un simple verre de jus de pomme commandé auprès d'une agente de bord unilingue anglophone sur un vol Montréal-Toronto. Il n'y avait pas de personnel bilingue à bord et la frustration du client de 51 ans, Louis Labrecque, aurait haussé d'un cran lorsqu'on lui aurait demandé de respecter des consignes de sécurité avant l'atterrissage.

Évidemment que si Porter avait comme politique d'embaucher du personnel bilingue, rien de tout cela ne se serait passé. Le dérapage serait mort dans l'oeuf. Il faudrait s'y attendre sur le marché des voyageurs du Québec, bien que tous les francophones du Canada devraient avoir droit aux mêmes égards d'une société présente à l'échelle nationale.

Le transporteur n'est pas comme Air Canada qui a, à titre d'ex-société de la Couronne, une responsabilité accrue quant au respect de la Loi sur les langues officielles. Cette dernière l'a longtemps contestée, pour elle comme pour ses sociétés affiliées, mais a perdu devant les tribunaux.

Mais Porter a la responsabilité du gros bon sens face à sa clientèle. Que l'on vende des billets d'avion ou des boulons de camion, les lois du marketing suggèrent que l'on parle la langue du client. De telles pratiques commerciales unilingues sont incompréhensibles du point de vue des francophones qui ne paient pas leurs billets moins cher pour un service de seconde zone. Cela dit, la frustration ressentie par ce traducteur de métier, si elle se comprend, ne lui permet pas de faire la sourde oreille aux consignes de sécurité à bord. Elles sont annoncées (par enregistrement) dans les deux langues officielles du pays et il devait les respecter. Peut-être que l'échange a manqué de courtoisie, d'un côté ou de l'autre. Cela peut se comprendre de la part d'un client excédé par des décennies de droits bafoués, mais cela n'excuse pas un comportement non sécuritaire.

L'aéroport Billy-Bishop doit compter sur du personnel bilingue. Dans ce cas, comme pour Air Canada, il s'agit d'une obligation, et les autorités aéroportuaires ont failli à la tâche. Aucune excuse ne tient. D'autant plus que devant un client excédé, la situation aurait pu déraper inutilement, voire dangereusement. Cette situation est intolérable et relève d'une politique d'embauche laxiste qui peut être corrigée par un minimum de bonne volonté.

Malgré ses bonnes intentions, la Loi sur les langues officielles est confrontée aux manquements et à l'insensibilité d'une majorité linguistique. Au-delà de cette loi, combien de décennies faudra-t-il patienter encore pour obtenir du respect comme francophones dans ce pays?

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