Le style de Harper

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Après neuf années au pouvoir, Stephen Harper approche de l'élection du 19 octobre 2015 davantage avec un bilan du passé qu'un plan d'avenir.

Le Parti conservateur qui avait ravi le pouvoir aux libéraux de Paul Martin, en janvier 2006, est méconnaissable.

Inévitablement, le parti a dû se renouveler au fil des ans avec le départ des Stockwell Day, Jim Prentice et autres Jim Flaherty. Ce phénomène tout à fait normal a permis l'émergence d'une nouvelle génération de politiciens comme Lisa Raitt, Michelle Rempel, Chris Alexander et Rona Ambrose.

Mais au cours des derniers mois, le cabinet a connu une véritable saignée avec les départs de John Baird, James Moore, Shelly Glover, Peter MacKay et Christian Paradis, entre autres. Cela sent la fin de régime.

Et on peine à voir aujourd'hui ceux qui pourraient mieux chausser leurs souliers.

Peut-être que ces héritiers ne sont pas déjà à la Chambre des communes.

Il faut reconnaître, au passage, que le Parti conservateur a réussi, au Québec du moins, à attirer plusieurs nouveaux candidats prometteurs. Si une fournée aussi solide est sur les rangs ailleurs au pays, Stephen Harper ne devrait pas trop souffrir de tous ces départs.

Mais les problèmes du gouvernement Harper vont plus loin que ça.

D'abord et avant tout, il faut se rappeler que M. Harper et sa bande ont d'abord été élus en profitant du scandale des commandites, indice de l'usure de 12 années de pouvoir libéral. Ils sont arrivés avec un solide programme bien établi, et avec les mots « probité » et « honnêteté » constamment en bouche.

Voilà que depuis deux ans survolent au-dessus de l'édifice Langevin les nuages du procès du sénateur Mike Duffy, incluant l'implication des membres de son équipe rapprochée. Ce sénateur vedette, dont le PC s'est largement servi dans ses efficaces collectes de fonds, ainsi que Patrick Brazeau et Pamela Wallin, rappellent que ce parti n'est pas mieux que les autres au chapitre des magouilles financières.

L'autre grand argument de vente des conservateurs, c'est qu'au-delà de la gestion responsable de l'argent des contribuables, ils sont aussi des économistes de talent.

À ce chapitre, M. Harper n'apprécie certainement pas les mauvaises nouvelles sur les finances du Canada. Le ministre des Finances Joe Oliver frissonne à l'idée de prononcer le mot « récession » mais pas les économistes. Ce ralentissement annoncé ne se guérira pas avec l'été, ce qui augure que le Canada sera aux grippes avec une récession au moment de l'élection.

Pour de bons gestionnaires, on repassera.

Ce malheur est en bonne partie dû au fait que Stephen Harper a tout misé sur les ressources pétrolières de l'Ouest. Il est trop tard pour changer de cap maintenant et il devra vivre avec les conséquences de ses choix. Et les Canadiens en feront les frais.

Le premier ministre a aussi adopté une stratégie de clientélisme politique, avec des messages et des programmes d'aide ciblés auprès de groupes précis de la population : immigrants, familles, travailleurs, droite religieuse, etc. Il reste à voir si tous les oubliés de ce plan, comme les Québécois, les travailleurs de la forêt, les Premières nations et le milieu culturel sauront se mobiliser contre lui, son bilan et son style présidentiel qui a concentré à outrance le pouvoir fédéral entre ses mains.

(Second d'une série occasionnelle sur les chefs de parti à l'approche des élections fédérales.)

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