Uber, les taxis et l'invivable statu quo

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La colère ne fait que monter depuis les 10 mois que le service de taxis Uber est arrivé à Ottawa. C'est cependant la voie du dialogue et de l'ouverture à de nouvelles pratiques qui doit primer.

Cette semaine, le syndicat de 1800 chauffeurs s'est attaqué à Uber directement auprès du maire Jim Watson, de qui relève l'industrie du taxi, contrairement au Québec, où la réglementation de l'industrie est du ressort de la province. Mais peu importe l'ordre de gouvernement, peu importe même le pays, Uber bouscule l'ordre établi. À Paris, aux États-Unis et ailleurs, l'industrie du taxi considère Uber comme un prédateur déloyal de sa clientèle. Et les chauffeurs réagissent, parfois même avec violence, comme en France.

Évidemment, la violence ne règle rien. Elle est le signe d'un trop-plein de frustration des chauffeurs face à un adversaire contre lequel ils se sentent impuissants.

S'ils ont tort au plan des moyens, ils ont raison de ressentir cette impuissance car elle est bien réelle. La force de la technologie est là, implacable, et si les chauffeurs aimeraient préserver le statu quo, il n'est pas acceptable.

Lorsqu'Uber a offert une alternative aux consommateurs, ils l'ont rapidement endossée.

Les compagnies de taxi et les chauffeurs doivent comprendre ce message. Pendant des décennies, l'industrie du taxi a profité d'une clientèle captive qui a dû accepter un niveau de service sur lequel elle n'a eu que très peu de recours.

Encore aujourd'hui, malgré la menace immédiate d'Uber, trop de chauffeurs considèrent leurs clients comme s'ils dérangeaient leurs habitudes. Leurs véhicules laissent à désirer, les chauffeurs sont plus attentifs à leurs conversations avec des amis ou de la famille au téléphone cellulaire qu'à leurs clients. Hors des lieux habituels, les attentes sont longues. Le service dans les deux langues officielles est un concept totalement étranger.

Pour ces composantes d'un service de seconde zone, les clients paient des tarifs trop élevés. Peut-on les blâmer d'avoir sauté sur la première option qui leur a été offerte?

Les chauffeurs de taxi pesteront contre le mot «progrès» mais Uber et les solutions similaires qui sont offertes à travers le monde en représentent un réel. Et il est illusoire de lutter contre le progrès en réclamant que les autorités sévissent aveuglément.

L'industrie doit plutôt examiner ses pratiques et innover. À Ottawa, les deux grands joueurs que sont Capital et Blue Line ont récemment lancé des applications pour téléphones intelligents qui facilitent la commande d'une auto-taxi. Ce pas vers l'avant est apprécié, mais il ne doit pas être le seul.

L'industrie profite aussi d'une réglementation gouvernementale qui protège les clients, ce qu'Uber peine à mettre en place. Uber ne peut profiter des infrastructures routières et réglementaires sans qu'une contribution ne soit intégrée dans sa tarification. Elle ne peut non plus vivre sur le dos de ses usagers qui s'improvisent chauffeurs, tant au plan des assurances que d'une formation inexistante, autant de bombes à retardement.

À Ottawa comme ailleurs, la réglementation va dans les deux sens. Tout n'est pas sombre et sans issue. Mais l'avenir s'annonce assurément différent ce qu'il est aujourd'hui, et ce qu'il a été pendant des décennies. Tout comme AirBnB qui ébranle l'industrie hôtelière, la voie d'un règlement passe par le dialogue. Un échange à la fois celui avec l'industrie traditionnelle du taxi et avec les dirigeants d'Uber qui ont cru naïvement que la technologie pouvait tout résoudre.

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