L'énigme Trudeau

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De tous les chefs de parti dans la course électorale fédérale, nul ne doit porter un aussi lourd fardeau que Justin Trudeau. Les espoirs du Parti libéral du Canada sont aussi immenses que ce parti n'est pas habitué à la défaite.

Trois fois perdants depuis 2006, les membres n'ont pas hésité à changer de chef à chaque fois. Justin Trudeau succède ainsi à Paul Martin, Stéphane Dion et Michael Ignatieff. Ils espèrent que cette fois, l'usure du pouvoir affectera le Parti conservateur de Stephen Harper et les favorisera. Mais ce calcul a été perturbé par la remontée du Nouveau Parti démocratique depuis 2011, sous Jack Layton alors, puis sous Thomas Mulcair. Ce dernier a su propulser son parti en tête des sondages; ce n'est plus un accident de parcours. Dans les rangs du NPD, il ne reste qu'à savoir si le parti saura conserver son avance jusqu'au vote du 19 octobre, et combien de gains électoraux pourront émerger malgré la concentration du vote populaire.

Si ce n'était du NPD, on pourrait croire que le Parti libéral aurait le champ libre. Mais ce n'est pas tout à fait le cas parce que le parti a fait confiance à un jeune politicien au nom évocateur mais aux compétences non éprouvées. Si l'aura de son paternel, l'illustre Pierre Elliott Trudeau, l'a porté jusqu'à la tête de son parti, son inexpérience et certains propos étonnants soulèvent des questions quant à sa disposition à gouverner le Canada dès 2015. Les adversaires conservateurs ont vite ciblé ce talon d'Achille et martèlent dans des attaques publicitaires qu'il a «de beaux cheveux» mais qu'il «n'est pas prêt» pour la plus haute fonction électorale du pays.

Il y a évidemment du vrai derrière tout cela et c'est la raison derrière cette incertitude à trois mois du scrutin national.

Depuis plusieurs semaines, le chef libéral est encore plus sous les feux de la rampe. Une équipe du PLC a préparé un solide programme novateur que Justin Trudeau dévoile progressivement. C'est à lui de faire sien cet ensemble d'engagements et à les défendre avec brio et autorité. Depuis la fin des travaux parlementaires, il y a deux semaines, il s'est bien défendu mais la pente à remonter est longue. Il a l'avantage du temps mais le désavantage des yeux scrutateurs qui évaluent chacun de ses gestes.

Les prochaines semaines sont importantes; M. Trudeau comme ses adversaires feront le tour du pays pour courtiser les électeurs. Mais la vraie campagne, en septembre, révélera bien mieux ses forces et ses faiblesses. L'intensité de la caravane officielle, avec ses rencontres quotidiennes sur le terrain, mettra en exergue ses talents et ses défauts. Plusieurs débats des chefs seront autant de moments forts dans cette très longue période pré-électorale.

Tout n'est pas joué, loin de là. Mis bout à bout, les instantanés que sont les sondages d'opinion tracent une tendance que l'actualité peut influencer, comme l'état de l'économie, le leadership canadien à des crises internationales, etc. Une chose est sûre: pas un parti et pas un leader n'ont autant misé sur 2015 que le Parti libéral et Justin Trudeau. Ce dernier montrera s'il est une pâle version de son père, ou l'incarnation d'une nouvelle génération de leaders du xxie siècle où l'image compte autant que la substance. En cela, Justin Trudeau est une énigme.

(Premier d'une série occasionnelle sur les chefs de parti à l'approche des élections fédérales.)

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