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Trois grands personnages qui ont marqué l'Ontario français ont fait parler d'eux, cette semaine : le frère Maurice Lapointe, l'ex-éditeur du quotidien LeDroit Pierre Bergeron, et l'universitaire Yolande Grisé.

Le frère Lapointe est disparu il y a quelques jours, au terme d'une très longue carrière dans le domaine de l'éducation. Plus de cinq décennies qui ont correspondu, dans ses grandes lignes, à l'essor de la communauté franco-ontarienne dont il était issu, et à l'image de l'énorme chemin qu'elle a parcouru grâce au système d'éducation qu'il a lui-même contribué à ériger.

Évidemment, il n'était pas seul dans cette galère et les pas de géant que le réseau d'éducation de langue française en Ontario a accomplis depuis 50 ans ne sont pas le résultat de son seul travail, bien qu'acharné et sans relâche. Mais il a été au coeur de quelques transformations qui forment, année après année, des milliers de Franco-ontariens. Chacun de ces diplômés, sans le réaliser ni même en avoir conscience, franchit des barrières sociales, économiques et culturelles qui se dressaient comme autant d'obstacles pour leurs grands-parents.

Une biographie lui a été consacrée en 2010 : « Maurice Lapointe : un enfant de la Basse-Ville d'Ottawa au coeur de l'éducation franco-ontarienne », aux Éditions CFORP. Se confiant à l'auteur et journaliste Michel Gratton, le frère Lapointe témoigne qu'il a « grandi dans un monde où l'on ne traversait pas les frontières ». On le réprimande lorsqu'il franchit la rue Nelson, pénétrant dans la paroisse Sainte-Anne, voisine de Notre-Dame, là où il est né. Ces barrières s'avèrent même géographiques et les diverses communautés, même si elles sont toutes franco-ontariennes, ne se mêlent pas. Imaginez alors combien étrangers peuvent sembler les autres groupes qui peuplent la Ville d'Ottawa à l'époque de la colorée mairesse Charlotte Whitton...

Le frère Lapointe a contribué à briser certaines de ces barrières et pour cela, des générations de Franco-Ontariens qui lui ont succédé doivent lui être reconnaissantes. Aujourd'hui, les portes de ce qui était depuis 1860 l'exclusive Académie De La Salle sont ouvertes à tous maintenant qu'elle est une école secondaire publique, gratuite et universelle. Ce membre dévoué des Frères des écoles chrétiennes était celui qui a vu à sa transformation d'institution privée à publique. Il n'est plus besoin d'abandonner ses études faute d'argent après la 10e année, plus besoin de passer un examen en anglais pour obtenir son diplôme d'études secondaires, ou de se tourner vers l'Ottawa Technical High School pour apprendre un métier.

Tout cela est maintenant accessible à tous, en français, gratuitement ou à coût raisonnable. Au secondaire ou au niveau collégial, le frère Lapointe ayant joué un rôle critique dans la création du collège La Cité.

Toutes ces injustices ont, chez lui, « confirmé [ma] volonté de lutter pour que les Franco-Ontariens aient leurs écoles, qu'ils jouissent de l'enseignement dans leur langue, qu'ils aient la possibilité de réussir dans leur langue ».

Les francophones de l'Ontario, ni personne au Canada d'ailleurs, ne doivent tenir cela pour acquis.

Quant à Pierre Bergeron et Yolande Grisé, ils seront sous peu décorés de l'Ordre du Canada, la plus haute décoration civile au pays. Ces deux Québécois sont honorés, signe d'ouverture, pour leurs rôles respectifs au sein d'institutions franco-ontariennes, LeDroit et l'Université d'Ottawa et son Centre de recherche en civilisation canadienne-française. En quelque sorte, ils ont foulé un sentier que le frère Maurice Lapointe aura contribué à défricher.

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