La Grèce et nous

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Les Québécois pestent contre les mesures d'austérité qu'impose le gouvernement de Philippe Couillard pour éliminer un déficit de moins de 4 milliards $. Il serre la ceinture pendant 18 mois pour rétablir l'équilibre des finances publiques dans l'espoir que les sacrifices d'aujourd'hui ne soient que de l'histoire ancienne dans trois ans.

De son côté, en Ontario, la première ministre Kathleen Wynne cherche à libérer la province d'un déficit de 10,7 milliards $ sans trop heurter son économie.

Alors imaginez la Grèce, alourdie par une dette de 325 milliards d'euros, et son économie trois fois plus petite que l'Ontario. Cela fait cinq ans qu'elle se serre la ceinture. Et à ce rythme, elle en aura pour une ou deux générations encore. Il faut les comprendre d'avoir pris les banques d'assaut, particulièrement hier, pour mettre la main sur un peu d'argent.

Imaginez comment les Grecs peuvent se sentir quand la moitié des moins des 25 ans traînent au chômage. Quand ils voient à chaque année 30 000 de leurs universitaires s'exiler vers l'Angleterre ou la Suisse dans l'espoir d'échapper à cette austérité étouffante qui n'en finit plus.

On comprend le peuple grec d'avoir voté pour un jeune gouvernement sans expérience, mais qui leur promettait un peu d'espoir et la fierté de dire non à des créanciers qui n'ont comme seul remède d'étrangler un peu plus encore l'économie du pays de Socrate.

Ces étrangleurs, ce sont la « troika » de la Banque d'Europe, du Fonds monétaire international et de la Commission européenne à qui la Grèce demande à répétition de lui allonger quelques milliards de plus pour rembourser les intérêts sur sa dette. À chaque fois, ces banquiers exigent au gouvernement grec de se serrer un peu plus la ceinture, de réduire ses dépenses, de couper dans les retraites, dans la fonction publique. Chaque fois, ils amenuisent un peu plus le filet d'espoir que les Grecs peuvent avoir dans l'avenir.

Et sans espoir, on baisse les bras.

Inculquer l'espoir, ce n'est pas le fort des banquiers.

Le nouveau gouvernement grec a voulu redonner cet espoir. Le jeune premier ministre Alexis Tsipras tente le tout pour le tout en demandant à ses compatriotes, par voie d'un référendum, dimanche prochain, de rejeter les demandes de la troika.

Certes, il est bien tard pour corriger toutes les années de dépenses inconsidérées des gouvernements grecs passés. Pendant toutes ces années où trop de Grecs s'amusaient à éluder l'impôt, nourrissaient une économie au noir et profitaient de l'essor économique dopé par l'euro depuis 2001. La vie était belle et insouciante. Aujourd'hui, le temps est venu de payer les factures.

Mais il y en a trop. De trop grosses.

Oui, les Grecs doivent subir les conséquences de leurs années trop fastes. Mais 15 ou 25 ans de récession, c'est insensé.

Et puis, il faut le dire, la faute revient un peu sur les épaules des banques privées qui ont prêté des euros aux Grecs sachant bien que la capacité de rembourser n'était pas là. Des banquiers protégés aujourd'hui par la troika.

Le Québec est blâmé de ne pas créer suffisamment de richesse pour se payer ses services publics. Le problème est décuplé en Grèce. Ce n'est pas le référendum de dimanche qui réglera tout d'un coup de baguette magique. Il y a là aussi un enseignement pour les souverainistes qui rêvent, eux aussi, de la baguette magique du « grand jour »...

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