Le double fléau américain

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Les États-Unis ont un double problème sur les bras, et il s'est exprimé de façon très nette encore cette semaine avec la tuerie raciste de Charleston, en Caroline du Sud. Ce n'est une énigme pour personne sauf ceux qui refusent de regarder la réalité en face: la réponse est là, limpide, dans les mots «tuerie» et «raciste».

La prolifération de tueries inexplicables - cela dépasse les cas de santé mentale - sont partiellement liées à la facilité de se procurer des armes à feu aux États-Unis. Cette constatation ne se veut pas un reproche: chaque société est libre de ses choix et que les Américains valorisent le port d'armes comme ils le font demeure leur prérogative. Sans juger des priorités de nos voisins du sud, cela apparaît limpide à une majorité de Canadiens que la prolifération d'armes à feu fait partie du problème de violence dans ce pays.

Le président Barack Obama en est conscient lui aussi. Il l'a souligné dans les heures qui ont suivi cette autre attaque meurtrière, et encore hier, devant la conférence des maires des États-Unis.

Mais le président le dit à mots couverts, sans attaquer de front l'extrêmement puissant lobby de la National Rifle Association (NRA)... ni même le nommer par peur de représailles politiques que la NRA ne se gêne pas d'exercer! Il a beau rappeler que 11000 Américains sont morts sous les balles en 2013 - bien plus que toutes les attaques terroristes depuis des décennies! -, l'opinion publique réagit avec compassion... puis s'apaise. Elle envoie «ses pensées et ses prières» mais refuse d'agir pour restreindre l'accès aux armes à feu. Il faut que la compassion aille plus loin.

M. Obama, de toute évidence, souhaite un changement de culture dans son pays. Nulle part dans le monde assiste-t-on à autant de tueries contre des innocents. Mais les Américains ne voient pas le port d'armes comme une cause importante de ce triste fléau, ou bien valorisent trop le port d'armes pour céder cette part de liberté au prix d'une amélioration de la sécurité publique. Et évidemment que la NRA profite de chaque accalmie pour marteler son message simpliste que ce ne sont pas les armes à feu qui tuent, mais bien les gens qui s'en servent.

L'autre élément du problème des États-Unis est le racisme qui teinte tant le quotidien de millions d'Américains. Plusieurs croyaient que l'élection d'un premier président noir en 2008, une perspective impensable il y a 20 ans, apaiserait les tensions vécues par la communauté afro-américaine. Au contraire. Les accrochages avec les autorités policières, notamment, paraissent plus nombreux qu'avant. Les agents semblent plutôt enclins à faire du profilage racial: si c'est la réaction de professionnels à qui l'on confie la tâche de maintenir la paix, comment peuvent penser tous les autres Américains?

Des gestes racistes pullulent, et la tuerie de la Caroline du Sud n'y serait pas étrangère. Des symboles d'exclusion persistent même dans le ciel de Charleston, comme le drapeau confédéré derrière lequel des armées ont lutté pour maintenir l'esclavage...

Aujourd'hui encore, trop d'Américains refusent d'accorder à leurs voisins noirs les mêmes chances de réaliser le rêve d'une vie meilleure dans ce pays qui se veut encore le plus puissant du monde. Combien de temps encore tolérera-t-on d'écarter 40 millions d'Afro-Américains d'une contribution à leur pays? Combien de temps encore les considérera-t-on comme un fardeau et non un atout social mal reconnu?

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