La preuve en haut

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Il y a six semaines, l'ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps a conclu en « une culture sous-jacente de la sexualisation » au sein des Forces armées canadiennes. Quelque 700 témoignages entendus en six mois l'ont mené à cette sévère condamnation.

Cette semaine, le chef d'état-major des Forces armées, le général Tom Lawson, a fourni une preuve de plus - et bien publique celle-là - de cette culture de sexualisation... ainsi que l'explication pourquoi les progrès ont été si laborieux jusqu'ici.

Dans une entrevue télévisée avec le réseau anglais de Radio-Canada, le général Lawson a soutenu que les nombreuses agressions sexuelles à survenir dans ses rangs étaient dues à une sorte de programmation biologique des hommes.

Cette explication « physiologique » équivaut en quelque sorte à une absolution des gestes de nature sexuelle parce qu'ils sont d'une certaine manière naturels, voire irrépressibles. Cette explication vient du plus haut de la hiérarchie militaire ; il n'est donc pas difficile de comprendre pourquoi cette culture de sexualisation existe dans les Forces armées si le grand boss croit que l'on ne peut pas y faire grand-chose parce que c'est dans la nature des hommes de se permettre des gestes sexuels avec qui bon leur semble, même ceux et celles qui ne les désirent pas.

Cela ne passe pas la rampe en 2015. Si les pulsions biologiques sont bel et bien réelles, elles ne doivent jamais constituer une quelconque excuse pour un comportement répréhensible qui déborde vite sur des gestes qui relèvent de la criminalité. Une agression sexuelle n'est pas plus tolérable dans la rue que dans les casernes militaires. La société canadienne n'a plus aucune tolérance pour l'agression sexuelle, et le milieu fermé des rangs militaires ne doit pas se croire à l'écart de la société civile. Nos soldats sont les défenseurs de notre pays et de notre démocratie et ils ne peuvent se soustraire aux normes du reste de la société canadienne.

La classe politique a d'ailleurs été vite à réagir aux propos du général Lawson. Les leaders de tous les partis ont rapidement décrié cette attitude. On a aussi souhaité son départ immédiat.

Mais on semblait avoir oublié que le général Lawson est à quelques semaines de sa retraite. Exiger la retraite immédiate d'une personne qui doit partir dans huit semaines ne change pas grand-chose. Il y a évidemment un symbole dont il ne faut pas sous-estimer le poids. Permettre au général Lawson de se rendre au bout de son mandat et d'alors prendre une retraite « bien méritée » - comme le veut l'expression vide de sens -, c'est aussi envoyer le signal que ce qu'il a reconnu n'est pas si grave que ça.

Cela doit évidemment être fait. Le général Lawson doit quitter ses fonctions dans les plus brefs délais.

Mais de façon bien plus importante, son successeur à la tête des Forces armées canadiennes, le lieutenant-général Jonathan Vance, doit dès ses premiers pas en poste affirmer que l'opinion du général Lawson fait maintenant partie de l'histoire ancienne de la culture militaire canadienne. Il doit également affirmer son intention de mettre en place les 10 recommandations de la juge Deschamps, et non pas se contenter des demi-mesures auxquelles référait le général Lawson, pour les raisons que nous connaissons maintenant.

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