L'obligation citoyenne

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Justin Trudeau s'est clairement rangé, mardi, du côté d'une réforme parlementaire qui inclut une forme de représentation proportionnelle. S'il n'en tient qu'au chef libéral, l'élection du 19 octobre 2015 serait la dernière menée sous le système uninominal majoritaire à un tour.

Il s'agit d'un engagement ambitieux qui modifierait considérablement la manière que les Canadiens, qui ont soif de changement, choisissent leurs représentants à la Chambre des communes.

Le chef libéral prévoit la création d'un comité multipartite qui étudierait diverses avenues de réforme pendant 18 mois, après quoi un projet de loi serait déposé.

Cet engagement n'est qu'un de 32 que Justin Trudeau a dévoilés, mardi à Ottawa, dans ce qui deviendra sa version du «livre rouge» que Jean Chrétien avait endossé, en 1993.

Il était temps: ses silences, ses hésitations et ses cafouillages lorsqu'il est interrogé à brûle-pourpoint - particulièrement en français - renforçaient les attaques de ses adversaires qui soutenaient qu'il n'était pas prêt pour la plus haute fonction au pays.

Une belle gueule, «de beaux cheveux», reconnaissent-ils, mais pas grand substance...

Pas surprenant que dans ce contexte, M. Trudeau ait glissé en troisième place dans les récents sondages d'opinion publique, derrière le néo-démocrate Thomas Mulcair et le premier ministre sortant, le conservateur Stephen Harper.

Le projet de réforme du mode de scrutin est ambitieux, donc, mais jonché d'embûches. Il est facile de tomber dans des considérations techniques dans la recherche d'un système idéal qui n'existe pas. Cela explique que de précédentes tentatives de réformes en Ontario, en Colombie-Britannique et à l'Île-du-Prince-Édouard ont avorté.

Chaque fois qu'un gouvernement, comme le Québec, a flirté avec l'idée d'une représentation proportionnelle, LeDroit s'est prononcé contre. Elle compliquerait la mécanique du scrutin uninominal que tous comprennent aisément: celui qui a le plus de votes l'emporte.

Ceux qui se lamentent de ne jamais gagner perdent justement parce qu'ils avancent un programme trop différent, trop audacieux ou trop radical. La population les rejette parce que dans sa sagesse proverbiale, elle apprécie les réformes tout en douceur. Les tiers partis doivent donc modérer leurs ardeurs, au risque de se condamner à demeurer que des formations secondaires.

L'érosion de la participation des Canadiens au processus électoral exige cependant d'examiner toutes les pistes de solution.

Maintenant qu'à peine 60 % des électeurs se donnent la peine de voter, un parti n'a qu'à convaincre un Canadien sur quatre pour former un gouvernement qui aura, au bout du compte, les pleins pouvoirs. Il y a dans ce déséquilibre une situation qui décourage encore davantage les citoyens à exercer leur devoir d'électeur, car ils se disent qu'avec le système uninominal à un tour, leur vote ne pèse pas lourd...

Au moins quand l'État finançait modestement les partis politiques en fonction des votes reçus, les Canadiens pouvaient se dire qu'avec leur voix, ils encourageaient le parti de leur choix, à défaut de le voir former le gouvernement. Les conservateurs de Stephen Harper ont depuis torpillé l'idée. Que le Parti libéral explore une réforme du mode de scrutin, soit. Il y a là une responsabilité envers une saine démocratie.

Justin Trudeau n'est pas allé jusqu'à suggérer le vote obligatoire. Il serait cependant bien avisé de le faire. D'autres pays l'ont fait, l'Australie et la Belgique notamment, et leurs citoyens s'en accommodent bien. Ce serait une manière rapide et peu coûteuse de redonner de la crédibilité en notre gouvernement.

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