Le voile de l'inaction

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Plutôt qu'éclaircir le débat sur les accommodements religieux, le nouveau projet de loi 62 l'embrouille. Au lieu de suivre les sages recommandations de la commission Bouchard-Taylor, l'initiative du gouvernement libéral ajoute une inutile nuance avec sa notion de «visage découvert».

Ce qualificatif rétrécit tant la portée de la politique québécoise que les Québécois se demanderont légitimement: à quoi bon?

Car au final, ce ne sont que quelques dizaines de femmes -- quelques centaines tout au plus, personne ne sait vraiment -- qui seront concernées par ce projet de loi.

Stéphanie Vallée méritait mieux qu'avoir à défendre ce ragot mollasson du gouvernement de Philippe Couillard. Elle a traversé un hiver suffisamment difficile...

Ministre de la Justice, elle se doutait bien qu'un projet de loi sur la laïcité de l'État relevait de ses fonctions. Elle savait aussi que la question ne pourrait être perpétuellement repoussée aux calendes grecques. M. Couillard s'y était engagé en campagne électorale. L'attaque de terroristes islamistes aux bureaux du magazine Charlie Hebdo, à Paris, en janvier, avait rappelé l'urgence relative d'agir dans ce domaine; plusieurs appels en ce sens avaient été lancés, dont celui du quotidien LeDroit. Et il n'est de meilleur moment de le faire que lorsque la poussière est retombée et que la ferveur populaire s'estompe. La colère est mauvaise conseillère, rappelle l'adage.

La principale rédemption de celle qui est également ministre responsable de l'Outaouais et députée de Gatineau, c'est que la fin de session parlementaire est arrivée et que l'été aidant, les Québécois passeront vite à autre chose.

Les commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor parlaient de signes religieux. L'objet s'est rétréci avec les signes religieux ostentatoires dans le projet de Charte de la laïcité promu par le Parti québécois et Bernard Drainville. Mais on avait élargi la portée en l'imposant au-delà des employés de l'État qui ont une fonction d'autorité. 

Le projet libéral se concentre sur cette pratique exceptionnelle adoptée par une très faible minorités de femmes du Québec qui portent un voile intégral: le niqab et la burka. Sont donc permis le voile, ou hijab, mais aussi le tchador, un voile drapé de la tête au pied. C'est au sujet de ce vêtement bien particulier que la ministre Vallée s'est retrouvée dans un échange perdu d'avance avec l'animateur de radio Paul Arcand, jeudi. 

Ce qui est sorti clairement de cette entrevue, le tchador est donc permis, malgré les entourloupettes de Mme Vallée. Contrairement à ce que le premier ministre Couillard soutenait en réponse à la Charte de la laïcité.

Le projet de loi 62 va donc moins loin que ce qui était perçu comme la politique du Parti libéral du Québec.

Les Québécois auront au passage noté qu'en ne faisant plus référence aux signes religieux, il n'est plus question de la kippa des juifs, du turban et du poignard cérémonial (le kirpan) des Sikhs, et encore moins d'une croix chrétienne. En concentrant son attention que sur le visage découvert, les libéraux se libèrent du fardeau d'avoir à défendre la kippa dans sa fonction publique auprès d'une communauté juive importante et qui lui a généralement été fidèle. Cela est encore plus vrai pour tous les catholiques...

Le gouvernement Couillard s'est-il enlevé une épine dans le pied? Il dira qu'il a tenu parole. On répondra qu'il n'a encore que le budget en tête et que le reste ne lui importe bien peu, en fait. Il se cache ainsi derrière un voile d'inaction.

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