L'anglais dès 4 ans? Sérieux?

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Les enfants de l'Est ontarien ont-ils tant besoin d'apprendre l'anglais qu'il faut les y initier dès la maternelle ?

Doit-on se soucier que les enfants « soient concurrentiels sur le marché du travail »... dès l'âge de 4 ans ? Oui, s'il faut en croire le Conseil scolaire de district catholique de l'Est ontarien. Voilà la décision qu'il a prise récemment pour quatre de ses écoles élémentaires des municipalités de Hawkesbury, L'Orignal, Saint-Eugène et Vankleek Hill.

Le CSDCEO aurait pris cette décision à la suite de pressions des parents. Il a fait ici preuve d'un manque de leadership évident tellement cette idée d'offrir des périodes d'anglais dès la maternelle paraît tellement prématurée et mal avisée.

S'il y a une langue officielle qui a besoin de mesures d'exception dans l'est de l'Ontario comme dans toute la province, c'est plutôt le français. Il est renversant que des dirigeants du milieu scolaire en Ontario français ne partagent pas ce qui paraît comme une évidence pour tant de leurs collègues et compatriotes.

Les parents veulent le mieux pour leurs enfants. Des générations de Franco-Ontariens avant eux ont souffert de ne pas bien parler l'anglais. Ils en ont subi les affronts et ont été marginalisés comme des citoyens de deuxième classe. Ce dénigrement laisse des empreintes profondes dans le subconscient d'aujourd'hui.

Mais devant les appels à l'apprentissage de l'anglais dès l'entrée à la maternelle à l'âge de 4 ans, les autorités scolaires ont le devoir de les sensibiliser à la menace de l'assimilation. Ils ne doivent pas écouter servilement les demandes qui leur sont logées, mais doivent faire la part des choses. Les appels à la vigilance face à l'apprentissage du français sont nombreux et répétés. Comme le mentionnait LeDroit dans notre édition d'hier, il y a quelques semaines à peine le Commissaire aux langues officielles notait le recul du français dans l'est de l'Ontario. Il reprenait en essence certaines conclusions de l'Office de la qualité et de la responsabilité en éducation.

Partout en Amérique du nord, la force d'attraction de l'anglais exerce des pressions énormes sur les minorités d'autres langues. Le français est menacé partout, au Québec et ailleurs. À des degrés divers, évidemment, et la concentration de parlant-français est une des clefs de défense. Mais si sept millions de francophones au Québec ont peine à résister aux infiltrations de l'anglais, il est difficile de comprendre le sentiment de confort au CSDCEO. À commencer par la ministre déléguée aux Affaires francophones !

En effet, Madeleine Meilleur a endossé la décision du conseil scolaire. Nous connaissons sa conviction profonde face à la langue de Molière mais dans ce cas précis, son appui est très mal placé.

Le milieu scolaire doit multiplier les mesures pour encourager le français en Ontario. Il le fait déjà avec brio, avec les moyens du bord, et avec un appui d'habitude indéfectible de Mme Meilleur. Dans toutes les écoles - et pas qu'en Ontario -, les enfants ont trop recours à l'anglais dans les corridors, sur les terrains de jeu. Ce serait les bien mal partir dans la vie que de les initier dès l'âge de 4 ans à l'apprentissage d'une deuxième langue qu'ils verront partout, qu'ils entendront partout le reste de leur vie.

La maternelle est un moment pédagogique privilégié qui sert à la socialisation, à l'éveil de la vie en société. Il y a là suffisamment sans vouloir déjà les préparer à un marché du travail qui les exposera inévitablement à la langue de la majorité.

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