Un retour qui brouille les cartes

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L'annonce que Gilles Duceppe reprendra la barre du Bloc québécois démontre le profond désarroi du parti.

La renaissance dont se vantait le chef Mario Beaulieu n'a de toute évidence pas opéré. Plusieurs indices pointaient dans cette direction mais M. Beaulieu et quelques fidèles martelaient que les choses allaient bien et que l'élection fédérale prévue le 19 octobre prochain fournirait la preuve que cette relance est bel et bien réelle. Ils croyaient la chimère d'un renouveau pour le Bloc québécois et ils sont maintenant dévoilés.

Cela ne signifie pas pour autant que le Bloc a perdu toute signification ou comme certains l'ont avancé, qu'il a atteint la fin de sa vie utile à la Chambre des communes, même s'il avait moins de députés que les doigts d'une seule main. Ce parti conçu pour être éphémère est encore là 25 ans plus tard. L'élection d'octobre devait nous dire si la lessive de 2011 était un accident de parcours ou un passage à vide.

Une certitude demeure : malgré des sondages défavorables sur la scène fédérale, l'idée d'indépendance demeure actuelle au Québec avec une base éternelle de 30 % de convaincus, plus une part de souverainistes « mous ».

Les partis fédéralistes ont échappé le Québec à la suite de l'échec de l'entente du lac Meech. Ils n'ont jamais su réconcilier les intérêts du Canada et ceux d'un Québec en crise constitutionnelle. Ils ont préféré l'abandonner à son sort et une majorité de circonscriptions du Québec sont passées aux mains du Bloc québécois pendant 20 ans. Au fil de deux décennies d'élections, le Bloc a réussi à convertir la grogne anti-fédéraliste en un programme de « défense des intérêts du Québec ».

Chef du Bloc pendant 14 ans, Gilles Duceppe a été au coeur de ces succès. Il s'est avéré l'un des plus habiles parlementaires avant l'émergence du néo-démocrate Thomas Mulcair. M. Duceppe a su garder vivante l'illusion que le Québec était mieux servi en envoyant à la Chambre des communes une majorité de députés qui ne peuvent jamais exercer le pouvoir, même si c'est faux. C'est peut-être ce caractère eunuque du Bloc québécois qui a mené à sa perte tout d'un coup, en 2011. Même M. Duceppe a été congédié.

Cet homme qui avait vaincu Denis Coderre en 1990 pour gagner le siège de Laurier-Sainte-Marie n'a jamais été très loin d'Ottawa depuis sa défaite de 2011, ni jamais très loin des milieux politiques. Âgé de 67 ans, il sent de toute évidence qu'il peut encore contribuer à l'essor du Québec via l'outil politique qu'est le Bloc. (La victoire de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois a définitivement fermé cette porte.) 

S'il a encore l'énergie et les connaissances profondes du Québec, la manière avec laquelle il revient est pour le moins étonnante. Que Mario Beaulieu lui laisse sa place soulève des questions sur les pratiques démocratiques de ce parti. Comment les membres du Bloc pourront-ils désapprouver cette prise de contrôle par l'ancien chef ? Pourront-ils même le faire ?

Gilles Duceppe hérite du volant du Bloc à quatre mois de l'élection. Son approche plus conciliante que l'abrasif Mario Beaulieu semble quand même bien tardive pour renverser la vapeur souverainiste. Cela vient quand même brouiller les cartes de l'échiquier politique du Québec qui, jusqu'à hier, se divisait entre Parti conservateur, Parti libéral et Parti néo-démocrate. L'ajout d'un quatrième joueur volera des votes de tous les côtés et rendra l'élection du 19 octobre encore plus incertaine.

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