Lutte à la malbouffe

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Le gouvernement de Philippe Couillard a démontré un courage débordant sur l'inconscience en imposant de nombreux nouveaux frais, taxes et contributions supplémentaires aux Québécois. Il devrait démontrer autant d'enthousiasme dans la lutte à la malbouffe.

Ce fléau de la santé publique devrait susciter beaucoup d'intérêt au cabinet. Avec un médecin comme premier ministre, et un autre comme responsable de la santé, les Québécois auraient pu croire que toutes les mesures qui pourraient contribuer à l'amélioration de la santé de la population devraient être étudiées avec soin. Ou à tout le moins, obtiendraient une écoute attentive.

Nous constatons pourtant le contraire.

La semaine dernière, le commissaire au développement durable a proposé l'imposition d'une taxe sur la malbouffe.

Le rapport du commissaire Jean Cinq-Mars était à peine publié que la ministre des Services sociaux, Lucie Charlebois, rejetait cette perspective du revers de la main.

«Ce n'est pas dans mes réflexions, a-t-elle lancé. On réfléchit plutôt à d'autres solutions que de taxer davantage les Québécois.»

Son gouvernement ne s'est pourtant pas gêné jusqu'ici...

Pourquoi cette hésitation soudaine?

Le lobby des restaurateurs et transformateurs alimentaires a dû bien faire son travail! Les mauvaises habitudes alimentaires et l'obésité coûtent pourtant cher à l'État: 1,5 milliard $ par an selon l'Institut national de santé publique du Québec. Le ministre des Finances n'aimerait-il pas voir la facture du secteur de la santé cesser de croître... à défaut d'être réduite?

Au-delà de la facture, n'y a-t-il pas un intérêt à cesser de voir de plus en plus de nos enfants devenir de plus en plus gros?

Ce n'est pas de la fiction. Selon l'Enquête canadienne sur les mesures de la santé, par Statistique Canada, un enfant sur trois est en surpoids ou obèse. Les taux ont doublé en 30 ans. On pointe particulièrement la consommation de mauvais sucres comme le terrible sirop de maïs à haute teneur en fructose (protégé par les politiques protectionnistes des États-Unis), bien plus que des aliments trop riches en gras.

Les gouvernements conservateurs aux USA et au Canada se rebiffent contre le rôle que l'État pourrait jouer pour lutter contre ce fléau. Des spécialistes martèlent le rôle des parents dans l'éducation.

Il faut aller plus loin que ce que la ministre Charlebois propose, des mesures de zonage qui visent à décourager, par exemple, les dépanneurs et les restaurants de fast food de s'installer à proximité des écoles. La Ville de Gatineau a étudié cette avenue à l'époque du maire Marc Bureau, avant de laisser tomber, comme elle a rangé au placard ses espoirs d'éliminer la malbouffe en cinq ans, comme elle le souhaitait en 2011.

En telle matière, il faut éviter d'aller trop vite. Un restaurant santé au Centre sportif a vite fermé ses portes. La réaction a été vive lorsqu'a ébruité l'intention d'éliminer toute bouffe trop commerciale des arénas.

Les gens ont d'énormes résistances. Éduquer prendra du temps. Il est difficile de se débarrasser de ses vieilles habitudes. Imposer soudainement des taxes ambitieuses sera contreproductif: Québec doit agir, et les villes aussi, mais progressivement, par des mesures bien ciblées et incontournables qui ne nécessiteront pas des armées de fonctionnaires pour les faire respecter. Le Québec a déjà son honnie «police de la langue»; il ne doit pas créer une «police des calories» ou une «police du sucre». Mais l'inaction ne doit pas être tolérée.

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