Le réel enjeu

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le rapport du vérificateur général du Canada sur les dépenses de sénateurs ne sera officiellement public que mardi mais depuis trois jours, plusieurs informations filtrent déjà. Les appels à l'abolition du Sénat, ou à une profonde réforme du Sénat, se font déjà entendre. Que fera le premier ministre Stephen Harper? Rien de concret ni d'acceptable, si l'on en juge par son comportement passé, et celui des derniers jours.

Pourtant, le Canada s'apprête à aller en élection et la seule vraie consultation qui compte auprès du peuple s'avérerait une occasion de choix pour les partis de présenter leur vision d'un Sénat au xxie siècle, s'il doit y en avoir un.

Au cours des dernières heures, l'attention des Canadiens a été monopolisée par le coulage d'informations parcellaires émanant du rapport du vérificateur Michael Ferguson. L'audit aurait révélé près de 1 million$ en réclamations douteuses par une vingtaine de sénateurs de toutes les allégeances. Plusieurs noms ont aussi circulé, dont Marie Poulin, la sénatrice du nord de l'Ontario qui vient de quitter la Chambre haute pour des raisons de santé.

Il n'y a pas de petites économies et 1 million$ n'est pas à dédaigner, si même tout cet argent pouvait être récupéré, advenant que soient rejetés les arguments des sénateurs visés. Mais il s'agit d'une somme très modeste en comparaison aux 100 millions$ que coûte le Sénat à chaque année.

Il ne faudrait pas perdre de vue la différence entre les deux montants, ni le fond de l'affaire.

Il fut une époque où les sénateurs étaient présumés «honorables», au-dessus de toute malversation financière. La réalité a vite enseigné le contraire car là où il y a des hommes, il y a de l'hommerie, comme le dit l'adage. Les histoires de fraude au Sénat remontent à des décennies et il ne faudrait pas concentrer toute notre attention sur la dernière cohorte de sénateurs présumément corrompus et oublier les efforts de réforme de l'institution. Voilà le réel enjeu devant les Canadiens. Il est dommage que les chefs des trois grands partis ne les aident pas à voir plus clair.

La position de Justin Trudeau est d'une naïveté déconcertante: il ne suffirait qu'à nommer «de meilleures personnes» pour améliorer le Sénat. Alors pourquoi les neuf premiers ministres libéraux avant lui ont-ils été incapables de le faire?

La voie de l'abolition professée par le néo-démocrate Thomas Mulcair fait totalement fi des règles constitutionnelles à ce sujet. Il ne suffit pas de dire qu'il faut l'abolir et qu'un référendum réglera la question.

Stephen Harper était celui qui avait les idées les plus claires sur une réforme du Sénat. Mais depuis que la Cour suprême a rejeté ses propositions d'élection de sénateurs et de mandats écourtés, le premier ministre fait montre d'une triste carence de leadership. Il lance que les provinces ne s'entendent pas sur un projet de réforme... mais quels efforts a-t-il faits pour les consulter? Aucun. Il semble souhaiter que le Conseil de la fédération, une organisation qu'il a toujours boudée, pourrait dégager un consensus. Il ne doit pas s'attendre à ce que tout lui tombe cru dans le bec; il devra travailler pour bâtir une position acceptable à tous. Ce sera difficile, il faudra montrer de l'ouverture et de la flexibilité devant des idées difficilement reconciliables.

Jusqu'ici, Stephen Harper n'a montré aucun appétit en ce sens, si même il en est capable. En attendant, il préfère rejeter le blâme de l'échec des réformes sur les autres. Voilà qui est mal parti, et qui n'augure pas bien pour la prochaine campagne électorale.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer